vendredi 19 août 2011

Côte d'Ivoire : Laurent et Simone Gbagbo inculpés de "crimes économiques"

Laurent Gbagbo et son épouse Simone lors de leur arrestation à Abidjan, le 11 avril 2011. Laurent Gbagbo et son épouse Simone lors de leur arrestation à Abidjan, le 11 avril 2011. © AFP
 
L'ex-couple présidentiel de Côte d'Ivoire, Laurent et Simone Gbagbo ont été inculpés de "crimes économiques" après plus de quatre mois d'assignation à résidence. Les crimes les plus graves qui leur sont reprochés ne sont pas concernés par la procédure.
Le flou juridique est levé. Plus de quatre mois après leur capture, le 11 avril dernier, Laurent et Simone Gbagbo sont désormais inculpés de « crimes économiques » en Côte d'Ivoire. Ils ne sont donc plus assignés à résidence, le premier à Korhogo (nord), la seconde à Odiénné, (nord-ouest), mais sont placés en détention préventive, comme quarante-deux personnalités civiles du camp Gbagbo, dont une bonne partie de l'ancien gouvernement. L'ex-Première dame doit être transférée « incessamment » à la prison de la ville où elle est détenue. Enfin, le médecin personnel de l'ex-président, demeuré avec lui, est lui aussi  inculpé et placé en détention.
Âgé de 66 ans, l'ancien président est accusé depuis jeudi de « vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion, pillage et atteinte à l'économie nationale », a déclaré le procureur Simplice Kouadio Koffi. Quant à son épouse, 62 ans, les mêmes chefs d'inculpation pèsent sur elle. Sont notamment visées les attaques contre le secteur bancaire pendant la crise postélectorale.
"Crimes de sang"
Alors qu'une soixantaine de militaires ont été inculpés, dont 40 sont incarcérés dans des camps militaires à Korhogo et Abidjan, les enquêtes préliminaires sur les « crimes de sang » commis au cours de la crise et sur la chaîne de responsabilité politique continuent. Pour l'heure, donc, l'ancien président n'est pas non plus accusé d'atteinte à la sécurité de l'État, comme nombre de ses proches. Mais le gouvernement de Alassane Ouattara espère que la Cour pénale internationale (CPI), qui n'a pas encore ouvert d'enquête sur les crimes les plus graves, inculpera et transférera à La Haye l'ancien couple présidentiel.
Reste que le camp Gbagbo et plusieurs ONG internationales (Amnesty International, Human Rights Watch...) ont dénoncé ou déclaré craindre une « justice des vainqueurs » sous le nouveau président. Selon eux, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre ont été commis par les deux camps pendant la crise. Ils attendent donc que des personnalités pro-Ouattara soient elles aussi inquiétées.
Mais le chef de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci), Choi Young-jin, prépare son départ avec optimisme. Il a estimé jeudi à Ouagadougou que la page était tournée. « La force de Laurent Gbagbo s'est totalement éteinte » et « tout s'annonce bien » pour le retour à la paix, a-t-il dit, tout en regrettant que la situation humanitaire reste toutefois « préoccupante » dans l'ouest. Malgré une « dynamique de retour », les déplacés internes sont encore a moins 30 000.


mardi 16 août 2011

CFL@InfoContinueCI: Côte d'Ivoire : la vie des Gbagbo après la chute

http://obenyhoro.blogspot.com/2011/08/cote-divoire-la-vie-des-gbagbo-apres-la.html?spref=bl: "Ultime jour de gloire, le 4 décembre 2010, lors de 'l'investiture' de Gbagbo. © Emilie Régnier/J.A. Sous la menace de procédures judicia..."

Côte d'Ivoire : la vie des Gbagbo après la chute

Ultime jour de gloire, le 4 décembre 2010, lors de 'l'investiture' de Gbagbo. Ultime jour de gloire, le 4 décembre 2010, lors de "l'investiture" de Gbagbo. © Emilie Régnier/J.A.
 
Sous la menace de procédures judiciaires en Côte d'Ivoire et à l’étranger, l’ancien président Laurent Gbagbo et son épouse Simone vivent reclus, chacun de leur côté. Entre lecture, prière et (rares) visites, chronique d’un quotidien sous étroite surveillance.
Quand Joseph Kokou Koffigoh atterrit à l’aéroport d’Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 29 juin, il ne sait pas encore s’il va pouvoir rencontrer Laurent et Simone Gbagbo, ses amis de vingt ans. Très lié à l’ex-couple présidentiel, le fondateur de la Ligue togolaise des droits de l’homme, Premier ministre de feu le général Gnassingbé Eyadéma, a bien envoyé un courrier au ministre de la Justice, Jeannot Ahoussou, et au procureur de la République, Simplice Kouadio Koffi, pour les informer qu’il rejoignait le collectif d’avocats défendant l’ancien chef de l’État et son épouse. Le lendemain de son arrivée, il dépose une demande de visite auprès du garde des Sceaux, qui ne lui donnera le feu vert que le 5 juillet. Deux jours plus tard, l’avocat togolais prend la route de Korhogo (Nord), lieu de détention de Laurent Gbagbo, avec un confrère ivoirien, Me Jean Serge Gbougnon. Homme politique, également consultant et poète à ses heures, Koffigoh s’est réinscrit au barreau de Lomé dans le seul but de sauver ses amis d’un envoi « programmé » devant la Cour pénale internationale (CPI). « Il n’y a pas de bons et de méchants dans cette crise. Les germes de ce conflit sont bien connus, plaide-t-il. Mes clients sont en détention arbitraire. Ils ont le droit à la défense. »
Sur la route qui mène à Korhogo, Koffigoh a tout le loisir de songer à la longue amitié qui le lie à l’ancien dirigeant ivoirien. Les deux hommes se sont connus sur les bancs de l’université d’Abid­jan dans les années 1960 ; l’Ivoirien étudiait l’histoire quand son frère togolais avait épousé le droit. Il se rappelle surtout que Laurent, alors opposant, l’a soutenu en 1991, lors de l’assaut des chars d’Eyadéma contre la primature, où il officiait. Il avait conservé son poste au prix d’un remaniement et, un an plus tard, il demandait à son homologue ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), de libérer les époux Gbagbo, embastillés après de violentes manifestations. Ironie de l’histoire, c’est à nouveau ADO qu’il lui a fallu convaincre pour avoir accès à l’ancien couple présidentiel.
Ce 7 juillet, débarquant tardivement dans la capitale des Savanes, les deux avocats prennent leurs quartiers au Mont Korhogo, un hôtel au charme suranné, avant de se signaler à l’homme fort de la région, le commandant Fofié Kouakou, un ex-rebelle qui gère la ville depuis août 2005. Dès le lendemain, ils sont autorisés à rendre visite au détenu à la résidence de passage de Félix Houphouët-Boigny – que Gbagbo avait fait rénover avant sa grande visite dans le Nord en novembre 2007. Fofié Kouakou les accueille dans un salon spacieux avant de s’éclipser, sans rechigner, à la demande des avocats, qui veulent voir leur client en tête à tête. « Gbagbo était visiblement content de nous voir, confie Koffigoh. J’ai eu du mal à contenir mes émotions. »
Monotonie
Depuis son transfert par un hélicoptère onusien du Golf Hôtel d’Abidjan à la cité du Poro, le 13 avril, l’ex-président n’a reçu que peu de visites et se réjouit, lui qui tenait des audiences jusque tard dans la nuit, de chaque rencontre qui vient rompre la monotonie de son quotidien. Il avait émis le souhait de rester dans le sud du pays, à Grand-Bassam ou San Pedro, mais on ne lui a pas laissé le choix. C’est lui, en revanche, qui a insisté pour partir seul : la déchéance de son épouse, Simone – qui, depuis son arrestation, se réfugiait dans la prière –, lui était trop pénible. En bonne forme physique, mais sujet depuis longtemps à des crises d’épilepsie, il est suivi par le docteur Christophe Blé, son médecin personnel, chaque jour à ses côtés.
Au début de sa captivité, Gbagbo se considérant toujours comme le chef de l’État, demandait à ses geôliers le programme de ses audiences quotidiennes. C’est Hamed Bakayoko, ministre de l’Intérieur, et le garde des Sceaux qui l’informent des visites qu’il doit recevoir. Comme celle, le 2 mai, des Elders (les « anciens »), un groupe d’éminentes personnalités emmené par l’archevêque sud-africain Desmond Tutu et l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan… qui a trouvé un Gbagbo moins abattu qu’il ne s’y attendait. « C’est toi qui nous as mis dans ces problèmes », a asséné l’ancien président à Annan en lui reprochant d’avoir privilégié, contre son opinion, la tenue rapide des élections sans désarmement préalable. Les Elders étaient venus conseiller au prisonnier de s’adresser à la nation pour encourager ses partisans à accepter une réconciliation. Avant d’accéder à leur requête, Gbagbo a exigé de rencontrer ses avocats. Il recevra la visite de Mes Habiba Touré et Hervé Gouaméné le 26 mai seulement, après que le très médiatique Jacques Vergès et son confrère Marcel Ceccaldi se sont fait refouler à l’aéroport d’Abidjan, vingt jours plus tôt.
Le 7 mai, le procureur de la République est venu entendre le détenu dans le cadre d’une enquête préliminaire sur son rôle dans la crise postélectorale, au cours de laquelle 3 000 personnes ont trouvé la mort. Mais Simplice Koffi Kouadio s’est heurté à un mur. Gbagbo affirme ne pas relever d’une juridiction ordinaire et oppose son statut d’exception, notamment en sa qualité d’ancien chef d’État, membre du Conseil constitutionnel. Craignant une attaque, ses geôliers le changent régulièrement de domicile, même s’il donne toujours ses audiences à l’ancienne résidence d’Houphouët-Boigny. Ses conditions de détention sont assez spartiates, le mobilier sommaire. Les membres du camp Ouattara ont pioché dans leur garde-robe pour lui fournir des vêtements. Pour accueillir ses premiers visiteurs, l’ancien dirigeant revêtait une chemise en jean appartenant au commandant Issiaka Ouattara, dit « Wattao ». Gbagbo se plaint de ne pouvoir sortir pour se dégourdir les jambes et de ne pas voir la lumière du jour. Pour le reste, il semble avoir de bons rapports avec Fofié Kouakou. L’ex-rebelle est, comme lui, sous sanction onusienne et passible de la CPI, situation dont les proches de l’ex-président ne manquent pas de souligner l’ironie. Gbagbo parle de temps à autre à ses geôliers. Un jour, racontent ces derniers, il s’est laissé aller à quelques confidences sur la vie conjugale en leur conseillant « de bien choisir leur femme ». Côté gastronomie, on fait attention à ses goûts. Ses cuisinières lui préparent du poulet bicyclette et du poisson braisé, deux plats qu’il affectionne particulièrement. Laurent Gbagbo, lève-tard, ne prend que deux repas par jour sur les trois proposés.
Nady Bamba en solo au Ghana
Annoncée un temps à Dakar, Nadiana – « Nady » – Bamba, la seconde épouse de Laurent Gbagbo, s’est installée à Accra, où elle vit isolée. Proche de Stéphane Kipré, l’époux de l’une des jumelles du couple Gbagbo, elle se tient en revanche à l’écart des barons de l’ancien régime exilés, eux aussi, dans la capitale ghanéenne. En Côte d’Ivoire, Nady Bamba s’est désengagée de la gestion du groupe de communication Cyclone ; son bras droit, Ousmane Sy Savané, assure la direction de la société, qui a été pillée lors de l’entrée des forces pro-Ouattara à Abidjan. Nady a sollicité plusieurs chefs d’État africains pour qu’ils interviennent en sa faveur auprès du président ivoirien. Récemment, elle a été en contact avec le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, et ses collègues Jeannot Ahoussou, de la Justice, et Charles Koffi Diby, des Finances. Objectif : protester contre le gel de ses comptes dans les banques ivoiriennes alors que l’Union européenne venait de lever le blocage de ses avoirs.
 
Des nouvelles des proches
Devant ses visiteurs, il s’emporte régulièrement contre l’ancienne puissance coloniale et son président, Nicolas Sarkozy. Il réfute les accusations portées contre lui et reporte les fautes sur les ex-rebelles et la France. « Je n’ai pas été battu dans les urnes mais par l’armée française », martèle-t-il.
Laurent et Simone Gbagbo ont été autorisés à se parler une seule fois au téléphone, à la fin d’avril. L’ancien président demande régulièrement des nouvelles de ses proches : de Simone, de Nady, sa seconde épouse qu’il aimerait voir, et de leur enfant, Koudou Ismaël, mais aussi de sa fille Léa Emma, née de sa relation avec Marcelle Zokou-Kouassi, une ex-dirigeante de la Fédération ivoirienne de football (FIF). Il s’inquiète aussi de ses anciens compagnons de lutte, s’informe des activités de ses plus fidèles soutiens et s’enquiert de la situation politique nationale et internationale ainsi que de la progression de la procédure de la CPI.
En juin, le détenu n’a pas reçu de visite. Le représentant spécial de Ban Ki-moon, Choi Young-jin, a rompu son isolement, le 4 juillet, pour lui annoncer qu’il terminait sa mission en août, mais qu’il veillerait à ce qu’il soit bien traité jusqu’au bout. L’Ivoirien était visiblement content de voir le diplomate sud-coréen, même s’il est l’un de ceux qui ont précipité sa chute. « Nous avons bien travaillé les trois premières années mais pas les derniers mois, lui a-t-il confié. Ne gardons que le souvenir de ces trois années ! » Gbagbo a aussi plaisanté avec l’assistante italienne de Choi, Emanuela Calabrini, qu’il appelle, pour plaisanter, Carla Bruni, bien qu’« elle ne soit pas enceinte ». Ce jour-là, il s’est plaint de n’avoir accès qu’à trois chaînes d’information, dont une seule internationale. Et de ne pas voir assez ses avocats. Le Sud-Coréen est-il intervenu ? Toujours est-il que Koffigoh et son confrère ivoirien ont reçu leur autorisation de visite dès le lendemain.
Au cours de leur entretien de près d’une heure trente, les trois hommes ont essentiellement évoqué la procédure judiciaire. L’avocat togolais a remis à son ami deux ouvrages achetés dans une librairie d’Abidjan, l’un sur les guerres et l’autre sur le bonheur. De son côté, le ministre de la Justice, qui avait accompagné les Elders en mai, lui avait donné la dernière biographie de Félix Houphouët-Boigny (par Frédéric Grah Mel). Laurent Gbagbo, qui lit tout ce qui lui passe sous la main, a demandé des ouvrages contenant les discours célèbres des grands hommes politiques, ainsi qu’une bible. Il prie et garde espoir.
Simone à Odienné
De retour à leur hôtel, les deux avocats se sont accordé une courte nuit de sommeil avant de repartir, à l’aube, pour Odienné, lieu de captivité de Simone Gbagbo. Un trajet assez pénible au milieu de la savane arborée de fromagers, d’hibiscus et de flamboyants. Après une arrestation musclée à Abidjan, Simone a été transférée par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) dans le chef-lieu de la région du Denguélé, le 22 avril, encore en état de choc. Les images de la première dame, vêtements déchirés et tresses arrachées, exhibée par des soldats comme un trophée de guerre, ont fait le tour du monde. Digne, la députée du Front populaire ivoirien (FPI) s’était repliée dans la prière.
Que deviennent les autres détenus ?
Sur les 130 personnalités arrêtées lors de la chute de Laurent Gbagbo, le 11 avril, et les jours suivants, 60 restent détenues ou assignées à résidence et 24 ont été inculpées par la justice ivoirienne. Le fils de Laurent Gbagbo, Michel, et l’ex-président du Front populaire ivoirien, Pascal Affi N’Guessan, sont incarcérés à Bouna. D’autres, dont l’ex-chef du gouvernement Gilbert Marie Aké N’Gbo et d’anciens ministres – notamment Alcide Djédjé –, ont été emprisonnés à Boundiali et Katiola. Les militaires sont retenus à Korhogo. Ces prisonniers ont reçu la visite de leurs avocats, de la division des droits de l’homme des Nations unies et du Comité international de la Croix-Rouge. Leurs défenseurs dénoncent les mauvaises conditions de détention et les humiliations. Une vidéo a circulé montrant Michel Gbagbo et ses codétenus faisant des pompes sous la supervision de Morou Ouattara, un chef de l’ex-rébellion. « C’était des exercices militaires, pas de la torture », a commenté l’officier.
Celle qui revendique pour modèle politique Jihane al-Sadate, l’épouse de l’ancien président égyptien Anouar al-Sadate, est logée à Hêrêmankono (« En attendant le bonheur » en malinké), un quartier huppé où la résidence du général Issouf Koné, qui a battu campagne pour Gbagbo, a été mise à sa disposition. La maison est équipée d’un groupe électrogène pour pallier toute interruption électrique, assez fréquentes dans le nord du pays.
À son arrivée, Simone Gbagbo a demandé plusieurs bibles, des ouvrages et des CD religieux, ainsi qu’une paire de lunettes. Le maire de la ville et actuel ministre de la Communication, Souleymane Coty Diakité, a annoncé sa présence à ses administrés, mais n’a pu contenir l’assaut de la population qui s’est d’abord bousculée, comme pour Laurent à Korhogo, pour tenter d’apercevoir l’ex-première dame. « Ses gardiens faisaient payer 100 ou 200 F CFA [0,15 à 0,30 euro, NDLR] pour avoir accès à la villa et la regarder comme une bête de foire », s’est plaint la fille de Simone, Marie-Antoinette Singleton. Une information démentie par le nouveau pouvoir.
Assez froids au départ, les rapports de l’ex-première dame avec ses geôliers se sont améliorés. Elle dispense des cours d’alphabétisation aux enfants du vigile de la résidence et discute régulièrement avec ses gardiens, les éléments d’Ousmane Coulibaly, alias Ben Laden. Elle partage sa captivité avec son médecin personnel, le docteur Eugène Djédjé, mais n’a pu obtenir la présence de ses dames de compagnie. Restées à Abidjan, celles-ci voudraient lui faire passer des vêtements. Sa garde-robe, à la résidence présidentielle d’Abid­jan, a été pillée. L’entourage de Ouattara lui a donné des robes et des pagnes.
Vie de carmélite
Plusieurs personnes sont autorisées à lui rendre visite. Parmi elles, l’évêque de la ville, Mgr Antoine Koné. Il est une épaule sur laquelle elle peut se reposer. Elle voit aussi les agents de la division des droits de l’homme de l’ONU, le préfet de région, Jérôme Kayaha Soro, et le troisième maire adjoint de la ville, Adama Cissé. Privée de téléphone fixe et mobile, elle communique par l’intermédiaire du prélat et du chef de guerre « Ben Laden ».
À Odienné, Simone mène une vie de carmélite. Elle n’a pas changé ses habitudes, se lève tôt et consacre une grande partie de sa journée à la prière et à l’étude de la Bible. La mère de Souleymane Coty Diakité cuisine pour la pensionnaire – qui affectionne les mets locaux comme le kabatôh, pâte de maïs à la sauce dâh, et le riz gras à la sauce tomate soumara – et discute parfois avec elle. L’ex-première dame s’accorde aussi quelques parties de Scrabble avec son médecin et a droit à un bouquet de chaînes de télévision. Comme son mari, Simone demande régulièrement des nouvelles de ses proches.
Comme lui aussi, elle a reçu la visite de ses avocats et a rencontré, le 8 mai, le procureur de la République. Elle a refusé de répondre aux questions en remettant en cause la compétence du magistrat et en se murant derrière son immunité parlementaire « qui n’a jamais été levée ». Quelle est la responsabilité des époux dans les exactions des militaires et des miliciens qui ont maté dans le sang toutes les tentatives de soulèvement populaire ? Regrettent-ils de s’être entêtés ? Difficile de le savoir.
« Simone et Laurent n’ont pas renoncé à leur combat, explique un de leurs avocats. Animés d’une foi profonde, ils gardent l’espoir de sortir de leur prison et de reconquérir le pouvoir. » Comme elle l’a écrit, en 2007, dans Paroles d’honneur, Simone reste convaincue que « seule la volonté de Dieu sera faite dans la crise ivoirienne et non la volonté exprimée dans les résolutions prises à l’ONU et ailleurs ». 


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vendredi 12 août 2011

Côte d'Ivoire : 58 militaires inculpés pour leurs exactions présumées

Laurent Gbagbo passe en revue un détachement de soldats, près d’Abidjan le 1er avril 2009. Laurent Gbagbo passe en revue un détachement de soldats, près d’Abidjan le 1er avril 2009. © AFP
 
"Arrestation illégale, séquestration suivie de meurtre, recel de cadavre, viol", etc... Les faits reprochés aux 58 militaires de l'ancien régime Gbagbo inculpés en Côte d'Ivoire sont particulièrement graves.
Après les civils - 37 personnalités politiques du camp Gbagbo sont désormais poursuivies – c'est au tour des militaires : 58 d'entre eux appartenant à l'ancien régime ont été inculpés pour des crimes liés à la crise postélecotrale de Côte d'Ivoire. La liste des chefs d'accusation est longue: « arrestation illégale, séquestration suivie de meurtre, recel de cadavre, viol, vol, violation de consignes, détention arbitraire, détournement de fonds aux fins d'achat d'armes et de recrutement de mercenaires, formation et entretien de miliciens »...
Selon le commissaire du gouvernement (procureur militaire) Ange Kessi, 40 des 58 militaires concernés ont été placés en détention préventive. Parmi eux, une vingtaine d'officiers, dont le général Brunot Dogbo Blé, ex-commandant de la Garde républicaine. En revanche, le colonel-major Boniface Konan et trois autres officiers n'ont pas été inculpés mais seulement "entendus", et laissés en liberté. Ceux-ci étaient récemment revenus de leur exil au Ghana.
Preuve de bonne foi
Ils « n'ont été nullement inculpés », a insisté Paul Koffi Koffi, le ministre délégué à la Défense. « Ils sont libres de leurs mouvements mais ils ont été mis en lieu sûr pour leur propre sécurité », a-t-il expliqué. Ouattara a ainsi voulu montrer une preuve de sa bonne foi, après avoir une nouvelle fois « tendu la main » en fin de semaine dernière au camp adverse, en particulier aux exilés – ce que les intéressés ont accueilli en exigeant la libération des leurs et l'arrêt des poursuites.
Il n'empêche : l'ONU continue de dénoncer les exactions commises par les membres de la nouvelle armée de Côte d'ivoire. Le responsable de l'Onuci pour les droits de l'Homme, Guillaume Ngefa, a déclaré jeudi que, durant le dernier mois, « 26 cas d'exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » et « 85 cas d'arrestations arbitraires et de détentions illégales » ont été recensées. De « nombreuses » violations des droits de l'homme qui ont « principalement » impliqué des éléments appartenant aux Forces républicaines (FRCI), selon les habitants et les victimes. Ouattara a nommé de nouveaux chefs militaires, et a souhaité que les rangs de l'armée soient « assainis ».
"Préoccupations" concernant Gbagbo
Mais l'Onuci se préoccupe aussi des conditions de détention à Korhogo (nord) sans inculpation de Laurent Gbagbo, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite au scrutin de novembre 2010. Elle a exprimé « quelques préoccupations » sur la situation de l'ancien président, sans plus de précision. Ngefa compte faire des « recommandations » au gouvernement ivoirien à ce sujet, mais aussi concernant les autres détenus.
Si les conditions de détention de l'ex-première dame Simone Gbagbo, assignée à résidence à Odienné (nord-ouest), « sont bonnes », a-t-il dit, et satisfaisantes pour la plupart des 37 détenus inculpés, elles ne sont « pas vraiment conformes » pour les sept prisonniers de Bouna (nord-est), notamment en raison de problèmes d'hygiène. Mais Ngefa a récusé toute « torture physique », comme le suggèrent certains avocats ou porte-paroles du camp Gbagbo.
(Avec AFP)


jeudi 4 août 2011

LES GRADES DES FRCI:Commandants de la gendarmerie, chef d`unités des Frci

© Getty Images





Depuis hier, on a une idée plus nette de la nouvelle armée ivoirienne unifiée. Le président de la République, chef suprême des armées, a, en effet, signé mercredi soir le décret nommant les différents chefs d`unités et de commandement au sein de la gendarmerie nationale et des Forces républicaines de Côte d`Ivoire. Une armée qui intègre dans un savant mélange toutes les ex-forces belligérantes. Le chef a distribué les cartes, on sait désormais qui fait quoi au sein de la Grande muette. Et le plus grand vœu des Ivoiriens, c`est que nos forces s`attaquent immédiatement au fléau que constitue l`insécurité afin de rendre la vie à nouveau plus sereine.

Gendarmerie nationale

-Commandant de la 1ère légion : Lieutenant-colonel Réné Konan Kouassi

-Commandant de la 2ème légion : Lieutenant-colonel Roger Ayemou

-Commandant de la 3ème légion (Daloa) : Lieutenant-colonel Bakary Doumbia

-Commandant de la 4ème légion (Korhogo) : Lieutenant-colonel Kouamé N`Guessan

-Direction de l`Agence nationale de la stratégie et de l`intelligence (Ansi): Colonel Karim Ouattara

-Commandant en second de la Gspr : Cdt Chérif Ousmane

-Commandant de la Garde républicaine : Lieutenant-colonel Edouard Kouao Amichia

-Commandant de la GSPM : Colonel Adama Coulibaly

-GSPM : Commandant en second : Lieutenant-colonel Hervé Kouao Mambi

-Commandant EFA : Commandant Ali Justin Dem

-EMPT : Lieutenant-colonel Bagoforo Soro

-Groupement ministériel des Moyens généraux : Colonel Daniel Kouassi Koffi

-Commandant d`arme délégué (CADA) : Colonel Harris Melèdje Djedjero

Commandant des Régions

-1er bataillon : Colonel Emile Kouassi

-2ème bataillon : Colonel Mambi Koné

-3ème bataillon : Colonel-major Kouassi Asso

-Bataillon Korhogo : Colonel Eugène Zamblé

-Commandant bataillon sol-sol : Commandant Koné Krémien Joseph

-Commandant bataillon sol-air : Commandant Joseph Olivier Bes

-Commandant des Forces spéciales : Lieutenant-colonel Lanciné Doumbia

-Commandant EKT Korhogo : Commandant Martin Fofié Kouakou

-1er bataillon génie : Lieutenant-colonel Réné Kouakou

-Commandant bataillon blindé : Colonel Adjoumani Yao

-Bataillon Para-commando : Commandant Mel Gérard Brice

-Commandant en second des Forces terrestres : Colonel Soumahoro Gaoussou

-Commandant en second des Forces aériennes : Colonel Adama Koné

Commandant en second de la Marine : Capitaine de Vaisseau Adjé Ahoba

-Commandant des Forces terrestres, 1er bataillon d`Akouédo : Lieutenant-colonel Touré G.

-Commandant 2ème bataillon Daloa : Lieutenant-colonel Hamed Zanan Traoré

-3ème bataillon des Forces terrestres : Lieutenant-colonel Léon Kouamé N`Goran

-Commandant EFA : Colonel Bernard Kouassi N`Guessan

-Régisseur des Armées : Capitaine Brahima Sanogo

-Direction du commandant des armées: Lieutenant-colonel Ehonia Jérôme Bouadi

-Direction du système de transmission informatique et information :
Colonel Bakary Camara

-Direction Logistique : Colonel Edouard Assoumou

-Service Opérationnel inter-armée : Colonel Bakary Diarrassouba

-Direction des Organisations et des ressources humaines : Colonel Banoro S.

-Service des Grandes opérations et emploi : Colonel Moussa Chérif

mardi 2 août 2011

Côte d'Ivoire : ces pro-Gbagbo exilés au Ghana

De g. à d. : Assoa Adou, Amos Beonaho, Marcel Gossio et Ouattara Gnonzié. De g. à d. : Assoa Adou, Amos Beonaho, Marcel Gossio et Ouattara Gnonzié. © Glez
En Côte d’Ivoire, ils étaient ministres, chargés de mission, porte-parole. Ils ont côtoyé et soutenu l’ancien président, avant d’être entraînés dans sa chute… À Accra, où ils ont trouvé refuge, tous disent craindre pour leur sécurité. Et se préparent à un long – très long – séjour.
Une chemise défraîchie, un jean délavé et une barbe de deux semaines. Ancien chargé de mission de Laurent Gbagbo, ex-président des Jeunes patriotes à Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, Évariste Yaké a troqué ses costumes griffés contre des vêtements plus ordinaires. Il est arrivé à Accra, la capitale du Ghana, quelques jours après la chute de l’ancien président ivoirien, le 11 avril. Depuis, raconte-t-il, il vit « dans une famille d’accueil » – comprendre : il est hébergé par un ami. Sur la manière dont il est arrivé au Ghana et l’endroit où il vit désormais, il ne souhaite pas en dire plus. Comme beaucoup, Évariste Yaké craint pour sa sécurité.
Ce matin, il a rendez-vous avec Amos Beonaho, ex-président de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), à Accra Mall, un centre commercial devenu le lieu de rencontre privilégié de ceux qui, longtemps, furent des inconditionnels de Laurent Gbagbo. Beonaho arrive à bord d’un véhicule immatriculé en Côte d’Ivoire. Au volant, Olivier Yro, ex-président de l’Union des journalistes culturels de Côte d’Ivoire et ancien directeur de la communication du maire (refondateur) de la commune de Marcory, à Abidjan. Yro et Beonaho se disent très préoccupés par les difficultés que rencontre la vingtaine de journalistes pro-Gbagbo qui a trouvé refuge à Accra et à Lomé (Togo).
Meubles et bijoux
Le malheur de Beonaho ? Avoir été nommé en février, en pleine crise post­électorale, au Conseil national de la presse (CNP, organe de régulation de la presse). En théorie, une belle promotion. Dans les faits, rien de très significatif. « Je n’ai même pas touché mon premier salaire en tant que membre du CNP », assure-t-il. À Accra, il vit seul. Quelques jours avant sa fuite, il a vendu précipitamment – et à bas prix – « [ses] voitures, [ses] meubles et les bijoux de [sa] femme ». Son épouse, ancienne directrice locale de campagne de Gbagbo à Bangolo, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, a été arrêtée à Abidjan puis libérée, avant de réussir à obtenir un visa pour la France.
Encore plus discrets, les anciens membres du premier cercle

« Blé Goudé est là ! » On n’en saura pas plus. À Accra, l’homme le plus recherché de Côte d’Ivoire est invisible. Même ses proches ne savent pas avec exactitude où il se trouve. L’on raconte qu’il s’est acheté une résidence, par l’intermédiaire d’un prête-nom, dans la ville portuaire de Tema, près d’Accra. À voir… L’ex-ministre de la Jeunesse de Gbagbo a mis en place un système de communication et de sécurité très verrouillé. Quand il appelle, c’est souvent avec des numéros ivoiriens, mais il change constamment de puces et communique par personnes interposées.
Au Ghana, les anciens dignitaires du régime Gbagbo jouent à cache-cache. Marcel Gossio, l’ex-tout puissant directeur général du Port autonome d’Abidjan, est souvent entre deux avions, mais sa base est à Accra. De même, Nady Bamba, seconde épouse de Gbagbo, s’est établie à Trasacco Valley, un quartier où une villa se loue mensuellement en dizaine de milliers de dollars. Enfin, Jeannette Koudou et Marguerite Gado, la sœur et la mère de Gbagbo, ont loué pour un an une résidence à East Legon, toujours à Accra.
Parce que leurs avoirs ont parfois été gelés et que plusieurs d’entre eux sont dans la ligne de mire du procureur de la République d’Abidjan, Simplice Kouadio Koffi, aucun n’envisage pour l’instant de rentrer au pays. La mise en examen et le transfert à la prison de Boundiali (nord de la Côte d’Ivoire), le 9 juillet, de vingt-quatre proches de Gbagbo ne les ont pas rassurés. Pourtant, affirme Benoît Kamena Brown, « le gouvernement sait bien que nous avons quitté le pays parce que nous étions menacés ou pourchassés, et que nous souffrons loin de la Côte d’Ivoire. Il doit nous aider à rentrer ».
Autrefois homme d’affaires prospère, Benoît Kamena Brown était un ami personnel de Laurent Gbagbo. Il gérait la célèbre « baie des milliardaires » de l’île Boulay, à Abidjan, et vient de fonder l’Association des réfugiés ivoiriens de la diaspora (Arid). Pour le rencontrer, il faut s’enfoncer dans le quartier populaire de Kaneshie, à Accra. Il y vit avec femme et enfants « dans une villa appartenant à un ami ». Accrochés aux rétroviseurs de sa voiture : deux petits drapeaux – un ivoirien, un ghanéen. Preuve peut-être qu’il commence à se faire à l’idée de rester.
Oeil pour oeil
Plus personne ne croit aux promesses de Koné Malachie et Moïse Koré, deux pasteurs évangélistes – eux aussi réfugiés à Accra – qui annonçaient un retour rapide (trente-trois jours) de Gbagbo au pouvoir. Tous se préparent à un exil long et difficile. « Si nous ne faisons rien pour aider nos compatriotes, ils mourront de faim et de maladie. Certains dorment dans des marchés, d’autres sous des échangeurs routiers, s’indigne Brown. Ce n’est pas l’image que Houphouët-Boigny aurait voulu donner de notre pays. »
Le discours de l’Arid demeure toutefois mesuré. Rien à voir avec celui de la Coalition internationale pour la libération de la Côte d’Ivoire (Cilci), créée par Touré Moussa Zéguen, le chef de la principale milice pro-Gbagbo, le Groupement des patriotes pour la paix (GPP). Son nouveau mouvement, explique-t-il, a une vocation révolutionnaire : « Ce sera œil pour œil, dent pour dent. » Lui dit avoir fui Abidjan après la chute de Gbagbo « à bord d’une pirogue et après avoir enjambé des corps ». Son lieu de résidence, il préfère le garder secret, tout comme celui de Pasteur Gammi, patron du Mouvement ivoirien de libération de l’ouest de la Côte d’Ivoire (Miloci), qu’il a retrouvé à Accra. Dans un accès de colère mal contenue, Zéguen dit « comprendre Ben Laden et tous les terroristes qui refusent la compromission avec le système occidental corrompu ». Ira-t-il jusqu’à prendre les armes pour atteindre son objectif ? Il assure que non. Il dit se rendre régulièrement à Lomé et à Cotonou (Bénin), mais nie être en contact avec les anciens officiers de Gbagbo exilés à Accra.
Poudre d’escampette
Pour Ouattara Gnonzié, dernier ministre de la Communication de Gbagbo, « les nouvelles autorités à Abidjan n’ont pas fait en sorte que les responsables de l’ex-majorité présidentielle soient en sécurité. Rester en Côte d’Ivoire ou y retourner serait totalement suicidaire ». Au maquis Tantie Marie, ce proche de Laurent Dona Fologo (l’ancien président du Conseil économique et social) évoque, les yeux humides, sa sortie d’Abidjan et le pillage de sa luxueuse villa des Deux-Plateaux. « Je n’ai jamais songé que je serais un jour en exil et que cela durerait plus de trois mois », avoue-t-il.
Aucune des personnes rencontrées n’admet préparer ou même être favorable à un coup de force contre le nouveau chef de l’État ivoirien, mais tous mettent en garde : trop de frustration peut mener à la rébellion. C’est ce que pense Justin Koné Katina, ex-ministre chargé du Budget de Laurent Gbagbo. Lui est en grande forme et reçoit, dans un costume bleu taillé sur mesure, à l’hôtel Mövenpick d’Accra. « La chambre a été réservée pour moi par un chef d’État qui n’est même pas africain, afin que je puisse accorder des interviews », claironne-t-il. Il rit des rumeurs de complots qui seraient préparés depuis le Ghana (rumeurs relayées par la presse ivoirienne), et dit « proscrire les coups d’État. Ce n’est ni dans ma philosophie politique, ni dans celle de Laurent Gbagbo ». La justice ivoirienne l’accuse d’avoir conduit les opérations de nationalisation forcée de l’agence nationale de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et des filiales locales des banques françaises Société générale et BNP Paribas. Un mandat d’arrêt a été émis contre lui. Redoute-t-il une extradition ? « Je crois que l’hospitalité du peuple ghanéen est profonde. Je n’ai aucun souci à me faire sur cette question. »
Assoa Adou, ex-ministre des Eaux et Forêts de Gbagbo, se montre moins sûr de lui. À Accra, il est devenu le porte-parole de la coordination du Front patriotique ivoirien (FPI) en exil. Il rencontre fréquemment Lia Bi Douayoua, ancien ministre de la Communication, mais décline les demandes d’interview de peur que ses propos ne soient mal interprétés – d’autant que « la situation évolue en Côte d’Ivoire ». « Beaucoup des proches de Gbagbo ne veulent peut-être pas collaborer avec Ouattara, ajoute un ancien de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci). Mais ils ne veulent pas aller à la confrontation et souhaiteraient même que Ouattara leur évite des tracasseries. »
Parce qu’il est né à Abengourou, dans l’est de la Côte d’Ivoire, Assoa Adou s’exprime couramment en ashanti, l’une des langues les plus parlées ici. Avec son boubou fabriqué dans le nord du pays, on le prendrait presque pour un Ghanéen. Un camouflage réussi dont rêveraient beaucoup de refondateurs exilés.
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André Silver Konan, envoyé spécial

lundi 1 août 2011

Exclusif : De sa cachette Mao Glofiéï fait de graves révélations


 
Il avance n'avoir pas été au Ghana, ni en Gambie, encore moins en Angola ou au Bénin. Il n'est pas sorti de la Côte d'Ivoire. Il est resté, tout ce temps dans la Commune de Yopougon, où il a trouvé refuge depuis la chute de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011. C'est donc dans cette commune largement pro-Gbagbo, que nous l'avons rencontré le dimanche 31 juillet 2011, à sa demande, en un lieu qu'il tient à garder secret pour des raisons évidentes de sécurité. « ''General'' Maho Glofiéï Dénis, le très craint chef de guerre de l'Ouest, patron des Forces de résistance du grand-ouest ( Frgo), très décontracté, s'est ouvert à nous et s'est laissé aller à des révélations, époustouflantes, notamment, sur la crise post-électorale et la posture qu'il a adoptée. Maho soutient n'avoir pas fait la guerre, pour deux principales raisons. D'abord, en sa qualité de chef du Conseil suprême de la chefferie du peuple Wê en Côte d'Ivoire. « Je suis le chef du Conseil suprême de la chefferie du peuple Wê en Côte d'Ivoire. A ce titre, mon rôle est de veiller à la préservation de la paix sociale. Je ne peux être un chef et prendre des armes contre mon peuple... Vous savez que cette guerre politique opposait le Rhdp à Lmp, le camp de Gbagbo. Or, dans les deux coalitions politiques, il y a des Wê, c'est-à-dire des gens qui m'ont donné les charges de chef. Je ne pouvais pas prendre parti pour un camp contre un autre. Si je me mets au devant des troupes, je mettrai à mal la cohésion sociale dans l'ouest. Je ne peux pas être partie prenante dans ce conflit. C'est pourquoi, j'ai préféré la paix à la guerre. En ma qualité de chef des chefs, je ne pouvais pas me battre », a dit le « général » Maho. La seconde raison se veut beaucoup plus politique. Car, Maho affirme que cette guerre était « inutile, sans fondement, inopportune, dans ce monde où le brassage des peuples et l'intégration guident tous les esprits des dirigeants ». Cette guerre post-électorale était inutile et inopportune, à partir du moment où la Cedeao et l'Union africaine avaient décidé, il n'y avait plus de raison de faire la guerre. Je ne pouvais donc pas prendre position dans ce conflit qui n'avait aucun fondement », fait-il remarquer. « Une guerre quand tu l'as fait, il faut en maîtriser les contours et les raisons. Je ne maîtrisais, ni les raisons, ni la justesse de cette guerre », souligne-t-il.
Raison du refus
Pour ce 3 ème adjoint au Maire Fpi de Guiglo, en décidant de faire cette guerre sans raison apparente, le camp Gbagbo est allé trop loin, a poussé trop loin le bouchon. « Je ne pouvais pas faire cette guerre pour ceux qui comptent sur moi pour tuer les originaires du nord, qui sont nos alliés. C'est pourquoi, je me suis gardé de la faire », poursuit Maho, se présentant, par ailleurs, comme le parrain de toutes les mosquées de Guiglo, des associations musulmanes et entretenant des relations d'amitié avec les Imams Diaby ( Cosim) et Diarrassouba (Cni) à Guiglo. Maho Glofiéi révèle par ailleurs, que « des gens comptaient sur moi pour prendre des armes contre des cadres du Moyen-Cavaly, notamment ceux du Rhdp, en particulier, Dagobert Banzio, Sanogo Mamadou, Adama Tounkara, Gnonkonté Gnosoa Désiré, Blégba Gaston, le doyen Kéhi Boguinard, Mme Bellé, Blé Guyirao, Denis Kah Zion, Guéi François, Mme Anne Ouloto, Colonel Oulata Gaoudi …. Je ne peux pas prendre des armes contre ces gens-là, je ne peux pas les tuer. Je n'avais pas ma place dans cette guerre », précise Maho. Il dit avoir déposé ses attributs de général, de s'être débarrassé de ses étoiles de général pour se mettre à la disposition du président de la République Alassane Ouattara et du Premier ministre Guillaume Soro. Il dément avoir reçu la somme 350 millions de FCFa du candidat du Rdr ( Rassemblement des républicains) pour ne pas combattre. « C'est faux. Je n'ai reçu aucun sou du président Alassane Ouattara. Des gens ont raconté ces choses tout simplement parce qu'ils ne m'ont pas vu à Guiglo pendant la crise. Et ce mensonge a failli me coûter la vie. Des gens, dont je garde pour le moment les noms, ont tenu une réunion à Yopougon, ont propagé ces fausses informations sur mon compte. Les uns disent que c'est 1 milliard de Fcfa que j'ai reçu de Ouattara, d'autres affirment que ce sont 350 millions et que c'est pour cette raison que je n'ai pas fait la guerre dans le Moyen-Cavaly. Ils ont donc mis cinq (5) patrouilles des Fds à mes trousses pour m'abattre, parce que j'ai trahi leur cause, j'ai trahi le clan. J'étais obligé de courir partout, de me réfugier, de vivre caché, d'aller d'un hôtel à un autre. Chaque fois, des militaires qui ont de l'estime pour moi m'informaient sur tout ce qui se tramait contre moi… Le jour de la remise des armes à Yopougon, j'étais dans ma cachette. Yopougon n'était pas encore totalement libérée. Les Ex-Fds, informées, ont envoyé des mercenaires libériens pour me tuer. Mis au parfum, j'ai dû quitter précipitamment ma cachette pour trouver refuge où je suis aujourd'hui. Depuis, je n'ai pas mis le nez dehors. Je ne suis pas sorti de la Côte d'Ivoire. Je ne suis pas sorti de la commune de Yopougon. Des personnes répandent des mensonges sur mon compte dans l'objectif de me salir. Ce sont des contre-vérités que les gens racontent sur mon compte. Je ne suis pas sorti de la Côte d'Ivoire. Je n'ai pas changé de nom et je ne suis pas sorti du pays depuis l'éclatement de la crise post-électorale », précise le chef de guerre, relativement aux récentes rumeurs faisant état de sa présence en Gambie, aux côtés de Charles Blé Goudé. Pour ce qui est de la distribution des armes à l'ouest, Maho Glofiéi soutient n'avoir aucune idée de la provenance de ces armes et ne savaient d'où elles venaient et tous ceux qui combattaient. « On ne m'a pas donné d'arme pour faire la guerre », assure-t-il.

Faire bloc autour de Ouattara

Le membre fondateur des Forces de résistance du Grand-Ouest ( Frgo) qui regroupe notamment, le Flgo, l'Uprgo, l'APWê, le Miloci et la FS-Lima affirme avoir rencontré l'Onuci, peu avant l'investiture d'Alassane Ouattara le 21 mai 2011 à Yamoussoukro. « L'Onuci connaît ma position. J'ai eu une séance de travail avec les responsables du DDR/ SSR de l'Onuci pour expliquer ma position. J'ai envoyé une copie de ma lettre aux Nations-Unies », révèle Maho. « La position de Maho, aujourd'hui, est que la guerre est finie, place maintenant à la réconciliation, à la cohésion nationale et à une paix définitive, autour de Ouattara. Je suis pour la paix, je soutiens le Président de la République Alassane Ouattara, le gouvernement du Premier ministre Soro Guillaume. Je souhaite rencontrer le président de la République, le Premier ministre et je suis prêt à aller chez nous à la base, à Guiglo, pour expliquer la nécessité d'aller à la paix. Dire pourquoi je n'ai pas voulu faire cette guerre sans fondement. Je travaille régulièrement avec l'Onuci pour expliquer cette position. Je suis à la disposition du chef de l'Etat, du Premier ministre », a-t-il insisté. Maho Glofiéi se défend d'être mêlé au recrutement des mercenaires libériens, soulignant qu'il n'a pas d'argent pour se nourrir, à plus forte raison recruter et entretenir des combattants. Le chef de guerre affirme avoir perdu beaucoup dans cette guerre, sa maison incendiée, tous ses biens emportés. Il accuse ceux qui seraient tapis dans l'ombre et qui voulaient qu'il fasse la guerre pour eux. « Ce ne sont pas les Frci qui ont brulé et pillé chez moi à Guiglo. Ce sont des jeunes gueré, manipulés qui ont été envoyés, parce que j'ai refusé de faire la guerre contre Ouattara et les Dioula pour leur compte », accuse-t-il sans toutefois citer de nom. Pour lui, Ouattara tire la Côte d'Ivoire vers le haut et il a besoin du soutien de tous. Maho Glofiéi pense que les Ivoiriens doivent relativiser leur position à l'égard de ceux qui sont pouvoir, notamment en ce qui concerne les arrestations et les détentions. « Que tous ceux qui accusent les dirigeants actuels se ravisent ! On ne doit pas oublier les mois de souffrance qu'ils ont passé au Golf Hôtel. On ne doit pas oublié combien on les a fait souffrir. Même s'ils ont un devoir de dépassement de soi, il ne faut qu'on oublie qu'ils ont enduré au Golf les pires traitements inhumains. Ce sont des hommes comme tout le monde. Ils ont du sang qui coule dans leurs veines. Je crois que nous devons les aider, par notre collaboration avec eux, à surmonter les épreuves. Que ceux qui sont partis reviennent en Côte d'Ivoire et qu'on travaille ensemble ! La Côte d'Ivoire a assez souffert. Je n'ai pas voulu quitter le pays, je n'ai pas voulu bouger parce que tout ce qui se disait sur moi n'est pas vraie. Le temps de la guerre est fini. Il faut maintenant faire bloc autour du chef de l'Etat et du Premier ministre. Je suis à leur entière disposition. J'ai mis de côté mon « grade » de général et je vais m'investir sur le terrain pour apporter mon soutien aux hommes et aux femmes qui ont été nommés. Je remercie le président Henri Konan Bédié, le commandant Mosès et le chef Sylla, patron des Frci à Guiglo ainsi que tous officiers des Frci. Je voudrais aussi saluer et remercier l'Onuci pour son initiative d'ouvrir un camp militaire dans l'ouest. Un camp militaire est le bienvenu à l'ouest », estime Maho Glofiéi. Qui pense que « les Ivoiriens doivent saluer l'arrivée de Ouattara à la tête du pays ».

Armand B. DEPEYLA