lundi 3 octobre 2011

LES REVELATIONS DE GUILLAUME SORO SUR LE 11 AVRIL 2011

Si c’est nous qui avions perdu, nos têtes seraient brandies devant le palais comme des trophées de guerre, nos bras à Yopougon, nos pieds à Koumassi. C’est clair ! Là où on nous aurait donné la mort, nous, on leur a donné la vie. Donc un peu d’humilité, faites de la repentance. Dites aux Ivoiriens, ce que vous avez fait contre eux. Le ministre Paul Koffi est là. On a fait les enquêtes et, aujourd’hui, tout le monde sait qu’on prenait les gens pour les découper comme le feraient des bouchers. On les mettait dans des sachets et on les jetait dans la lagune. C’est bien ce que nous avons vécu.
Mais nous, qu’est-ce que nous avons fait ? Dogbo Blé est là, à Korhogo. Il sait bien que nous lui avons sauvé la vie. Tous les chefs militaires ont été responsables. Qui a été tué par nous ? Dites-le moi !
Quand nous rentrions à Abidjan, nous nous sommes arrêtés à la lisière de la ville. J’ai appelé le général Dogbo Blé. J’ai dit ‘’mon général, nous avons encerclé la ville d’Abidjan. Je ne veux pas de bain de sang dans la ville d’Abidjan. Je vous demande en tant que patron de la garde républicaine, d’aller voir le président Gbagbo et de lui dire de déposer les armes. S’il n’a pas confiance en nous, qu’il aille à la résidence de l’ambassadeur de France ou à l’Onuci. Nous allons rentrer dans la ville d’Abidjan sans qu’il y ait combat. Je m’engage à négocier avec le président élu Alassane Ouattara pour qu’on négocie avec l’Union Africaine pour lui trouver un poste, comme on en a trouvé au général Sékouba Konaté en Guinée’’. Je me rappelle encore très clairement ce que le général Dogbo Blé m’a dit. Il m’a dit ‘‘monsieur le Premier ministre, je suis militaire et je sais me battre et j’ai les moyens de me battre’’. Voilà la réponse qu’il m’a donnée. J’ai dit merci mon général.
Moi, je ne suis pas militaire, je ne sais pas ce que cela veut dire, mais le civil que j’étais, j’ai compris qu’il n’était pas très disposé à faire la paix. Quand nous sommes entrés à Abidjan, le président m’a encore demandé d’appeler tous les généraux pour leur demander de venir faire allégeance. J’ai appelé tout le monde. Mangou est venu, Kassaraté est venu. Guiai Bi Poin est venu. Impossible de joindre Dogbo Blé. Et on apprend qu’il veut se déguiser pour sortir. Il a été pris. Lorsqu’il a été pris, Dieu seul sait et lui aussi le sait, il peut témoigner qu’on a dû donner de nos dos et de nos bras pour le protéger afin qu’il soit en vie. Et il est en vie. Il aura droit à un procès équitable.
Donc, je le dis publiquement pour que les gens le sachent. Vagba Faussignaux était dans le bunker, il s’est battu, il a été blessé. Mais c’est bien nous qui l’avons envoyé à la Pisam pour le soigner. Mais je sais très bien que si l’un d’entre nous était blessé, ce n’est pas à la Pisam qu’on l’aurait envoyé. Le premier acte de réconciliation, c’est de donner la vie et nous avons donné la vie à Dogbo Blé, à Faussignaux et à tous les officiers qui ne rêvaient de faire de nous qu’une bouchée. Quand on a fini cela, le reste, c’est une question de procédure.
C’est pourquoi, je voudrais m’adresser aux militaires parce que la fâcheuse tendance des politiques, c’est de manipuler l’armée. Il faut que l’armée reste et demeure apolitique au service de l’Etat parce que si on avait eu des généraux courageux, capables d’aller s’asseoir comme je l’ai fait le 30 novembre devant Gbagbo pour lui dire ‘‘Monsieur le président, nous sommes militaires, certainement que vous avez gagné mais la situation militaire sur le terrain est difficile’’. Peut-être qu’on n’aurait pas eu 3000 morts. De la même façon que le préfet de Bouaké s’est levé pour dire qu’il n’y a pas eu de fraude à Bouaké. (…)’’
L’armée n’est pas là pour se retourner contre sa population. L’armée est là pour la protéger contre tout danger, pour la sécuriser, pour sécuriser les biens de cette population.
Le jeu démocratique est simple, celui qui a gagné, c’est lui qui dirige. Tu as perdu, tu passes la main. Si tu veux revenir, le peuple est là, convainc-le, parle-lui, séduit-le, drague-le. Mais si on compte sur l’armée parce qu’on a nommé son cousin du village général, c’est terminé.
On est en 2011, ce qui a été possible en 1960 ne peut pas être possible en 2011. 2011, il y a facebook, twitter, rien ne peut se cacher. On est en 2011, la démocratie est partout. Qui aurait pu penser qu’en Tunisie, en Egypte, ces choses-là allaient se produire ?
Maintenant, la politique est moderne, c’est sur internet ; je me demande dans les années à venir, si les mêmes outils traditionnels d’appareils politiques vont survivre aux nouvelles technologiques de l’information et de la communication. Maintenant, les gens font leur campagne sur internet et ils gagnent.
Il faut que l’armée joue son rôle. Vous êtes-là, je sais que beaucoup sont allés en exil. Nous avons demandé à tout le monde de revenir. Mais nous ne pouvons pas obliger quelqu’un qui est allé en exil à revenir. Tous ceux qui sont revenus sont là, vivent tranquillement, il n’y a aucun problème. Moi-même, j’ai été un exilé et je sais ce qu’est que la vie d’exil. Au début quand tu vas, tu es tout courageux, tu es tout feu, tout flamme. Tous les matins, quand tu te réveilles, non seulement tu espères que le régime tombe mais dans tes rêves, tu vois que le régime est tombé. Tes rêves peuvent prendre dix ans, c'est-à-dire pendant dix ans, tu peux rêver. Arrêtez de rêver, venez en Côte d’Ivoire pour qu’on travaille pour construire le pays. Ce qui mérite d’être fait, c’est le travail, il faut qu’on travaille. Il faut rebâtir la Côte d’Ivoire. Il faut faire de la Côte d’Ivoire un Etat moderne, un Etat-leader qui tire les pays de la sous-région. C’est pourquoi, je voudrais insister auprès des chefs militaires pour qu’ils soient auprès de leurs hommes pour leur inculquer la discipline, leur inculquer l’amour du travail.
Les policiers reviennent ici, il faut que la population les accompagne. Mais il ne faudrait pas qu’on nous appelle après pour dire qu’il y a des rackets, ce n’est pas bon. Il faut que les populations accueillent les gendarmes mais, il faut bannir les aspérités du métier, les rackets et autres. Cela doit cesser. Concernant les douaniers, ce n’est pas la peine d’aller dédouaner jusque dans la chambre des gens. Je demande aux eaux et forêts de protéger nos forêts. Le gouvernement veut compter sur des hommes de valeur, compétents, rigoureux et disciplinés. Et cela, je suis convaincu que c’est possible de le réussir.
Je vous invite à accueillir ici à Bouaké le dernier pilier de notre nation, de l’Etat de Côte d’Ivoire. De votre accueil, dépendra le futur. Je veux qu’il y ait une symbiose avec la population de Bouaké.
Vive la ville pour que vive la Côte d’Ivoire. Je vous remercie ! »

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vendredi 30 septembre 2011

L'INTERVIEW DE ALLOU EUGENE ANCIEN DP DE GBAGBO L.

L’ambassadeur Allou Eugène, ex-directeur du protocole de Gbagbo : “Je ne renie pas Gbagbo, mais souvenons-nous de Taylor”
Publié le vendredi 30 septembre 2011 | Le Patriote

 

 

L’ancien chef de protocole de Gbagbo en a gros sur le cœur. Il n’est pas du tout d’accord avec l’attitude de ses camarades du FPI, à qui il reproche un manque criant d’humilité. Il les exhorte à travers cette interview à, non seulement réconnaître définitivement Alassane Ouattara comme Président de la Côte d’Ivoire, mais aussi d’œuvrer pour le retour de la paix et de la concorde en Côte d’Ivoire.

Le Patriote : Monsieur l’Ambassadeur, depuis quelques temps, vous faites des déclarations, dénonçant l’attitude de certains de vos camarades du FPI. On a le sentiment que vous cherchez un poste.
Allou Eugène : Vous me donnez l’occasion de préciser quelque chose. Ceux qui écrivent que je cherche un poste, se trompent. Je ne cherche pas de poste. Je suis actuellement ambassadeur, fonctionnaire à la disposition du ministère des Affaires étrangères. C’est à ce titre que l’Etat de Côte d’Ivoire continue de payer mon salaire. J’ai donc un emploi dans un ministère. J’ai déjà servi l’Etat au plus haut niveau. C’est pour cela que j’obéirai à ce que l’Etat me dira de faire. Rien ne me fait courir ou plutôt ce qui me fait courir, c’est comment faire pour que le gouvernement actuel puisse mettre de l’eau dans son vin afin que nos amis qui sont actuellement en prison soient éventuellement libérés. Ma démarche, de ce point de vue n’est pas celle adoptée par les autres.
En ce qui concerne Gbagbo, mon avis est clair : la communauté internationale a décidé d’envoyer un panel pour lui demander de quitter le pouvoir. Il a résisté, il a continué sa lutte. Cette communauté, par le biais de l’ONU, a décidé d’utiliser la force. Il a été enlevé par la force et aujourd’hui, il est prisonnier. Ce que je fais comprendre à nos camarades, c’est qu’il n’est plus le Président de la République. Il faut que nous acceptions cette réalité, qui est que le président de la République, c’est bien Alassane Ouattara. Aujourd’hui, Gbagbo est en prison, mais il est surtout un prisonnier de la communauté internationale. Du coup, notre démarche, c’est paritairement pour ceux qui étaient à la Pergola et ceux qui sont en exil. Je crois que ce qui devrait préoccuper ceux qui sont en exil, c’est de chercher comment faire pour revenir dans leur pays. Il ne s’agit pas pour eux, qui sont partis d’eux-mêmes – il faut reconnaître que, au regard de la situation qui prévalait en ce moment-là, c’est volontairement que les uns et les autres se sont retrouvés en exil –, de poser des conditions pour leur retour. Leur démarche serait de venir constater d’eux-mêmes s’il y a de l’insécurité dans leur pays. C’est pour cela que je leur demande de faire moins de bruit. Peut-être que dans le silence, par notre comportement, on peut réussir leur retour. Ce n’est pas en posant des conditions. Je ne trouve pas sage de poser des conditions. Je recommande donc la sagesse à mes camarades.

LP : Au lieu de tenir ce discours dans la presse, pourquoi n’allez-vous pas vers vos camarades en exil ? Vous auriez même pu faire ces propositions au Comité central, par exemple.
AE : Depuis que je suis là, il n’y a pas eu de Comité central. Je n’ai pas non plus été invité à Accra. Vous savez, le problème n’est pas à ce niveau. Quand tu fais partie d’un groupe et que tu vois que les gens sont en train de déraper, il faut vite agir. Il ne faut pas attendre une réunion avant d’intervenir, sinon le dérapage peut prendre des proportions graves. Quand j’ai constaté que les camarades ont commencé à exagérer, je suis intervenu en tant que responsable de ce parti. Personne n’ignore que je suis venu de l’Italie en 1990, le 30 mai, pour me mettre à la disposition du FPI, sans salaire. Laurent Gbagbo disait qu’il peut nommer qui il veut. C’est la même chose que dit le Président Ouattara. Je ne peux rester silencieux si je vois que les camarades persistent dans l’erreur. Il faut arrêter de faire beaucoup de bruits. Vous savez bien que la direction du parti est gérée de façon intérimaire, ce qui est du reste normal. Mais on oublie que ceux qui y sont étaient pour la plupart détenus à la Pregola. Amani N’guessan, Dano Djédjé, Odette Lorougnon… C’est par la volonté du pouvoir qu’ils sont aujourd’hui dehors. Ils auraient pu refuser ce cadeau et dire « nous ne sortons pas tant que Gbagbo n’est pas libéré ». Nous sommes dans une situation difficile. Miaka joue un rôle important. Mais s’il n’y pas de réunion, comment allons-nous intervenir ? Je lui ai dit que son initiative d’aller à Accra était bonne, mais je lui ai conseillé de commencer d’abord par l’intérieur, par vérifier nos structures de base, voir dans quel état elles se trouvent. A mon avis, il aurait dû commencer par-là. Mais je lui ai surtout dit de dire à ceux qui sont à Accra de faire moins de bruit et que le parti se dirige à partir d’ici. Les gens savent le rôle que j’ai joué au parti. Je connais bien le FPI. J’étais directeur de l’administration, secrétaire national chargé de l’organisation des manifestations. Je connais donc le parti.

LP : Mais ces « bruits » dont vous parlez, c’est surtout les journaux proches de votre parti qui vous reprochent d’en faire l’écho.
AE : Non, quand je parle, ils ne doivent pas intervenir. Parce que j’ai dit qu’il n’y a pas eu une réunion où je pouvais m’exprimer, alors qu’eux, ils ont les journaux pour écrire. Quand je suis venu, je ne disais rien. J’attendais qu’on convoque une réunion de la direction. Quand ils me répondent par la presse, je réponds aussi par la presse. Je ne renie pas Gbagbo. Mais je voudrais simplement que les gens se souviennent de Taylor, dont les partisans continuent encore aujourd’hui de réclamer sa libération. Ce n’est pas en criant « libérez Gbagbo » qu’on va le libérer. Il faut qu’on soit réaliste.

LP : comment, selon vous, vos camarades devraient-ils se comporter ?
AE : C’est de reconnaître avant tout celui qui est là comme Président de la République. Parce que leur façon de parler depuis Accra, donne l’impression qu’ils ont d’autres idées. Je le répète, il faut reconnaître que Ouattara est le président de la République, ensuite, il faut faire profil bas, demander un rendez-vous et poser les problèmes. Nous sommes en position de faiblesse et il faut avoir un comportement de celui qui est faible. Faisons le sacrifice de reconnaître notre défaite. Evitons que la Côte d’Ivoire devienne une république de contestation. Vous savez, je viens de Mama pour voir dans quel état se trouve la résidence de Gbagbo. Je pensais que ceux qui disent qu’ils aiment Gbagbo allaient donner une bonne allure à la résidence. Malheureusement, ils n’ont rien fait pour l’entretenir. Quatre mois à peine ! Cela veut dire que même ceux qui habitent Mama commencent déjà à l’oublier.

LP : quelles actions menez-vous pour obtenir la libération de Gbagbo ?
AE : J’ai appris que le Président Ouattara a déjà saisi la CPI, cela veut dire que le dossier nous dépasse. Il appartient donc à ses avocats de faire la demande appropriée, bien entendu avec notre appui.

LP : Vous dites que Gbagbo n’a gagné ni les élections ni la guerre. Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ?
AE : moi j’étais loin. Le contact n’était pas régulier et puis la crise a pris une proportion grave. Mais moi, si j’étais là, je lui aurais dit ce que je pensais. Peut être qu’il n’allait pas m’écouter. Quand j’ai vu les massacres de Duékoué, j’ai pensé que Laurent Gbagbo allait céder. Après j’ai vu que les gens sont arrivés à Daloa qui est un grande base militaire. Pour moi, c’était des signes. Si j’étais à ses côtés, je lui aurais dit de laisser. Si j’avais dit cela avant, rien n’allais changer. Les présidents du panel l’ont fait sans succès. Ouattara lui-même lui a tendu la main. Il n’a pas voulu écouter quelqu’un.

LP : Quelles étaient vos relations avec Gbagbo avant sa chute. On disait que vous étiez en disgrâce ?
EA : Moi j’étais un fonctionnaire. Je n’ai pas protesté quand je devrais quitter mon poste de directeur de protocole.

LP : On vous a pourtant vu pleurer...
AE : Ce n’était pas pour le poste. J’avais dit que quand un fils quitte son père, il pleure. Les gens avaient mal interprété ma pensée. C’est normal que je ressente une douleur pour un départ qui n’était pas prévu. Dans mon analyse, je me suis dit que je devrais rester pour organiser les meetings, la campagne et partir après. Je m’interrogeais. Je n’étais pas en disgrâce. Je me sentais au repos alors que j’avais beaucoup de chose à faire ici auprès de lui. C’était la période difficile. C’était normal que j’aie des ressentiments.

LP : Comment sont justement vos rapport avec Nady Bamba, qui aurait été à la base de votre départ?
AE : Je lui demande de dire à son journal d’arrêter de semer la haine entre les Ivoiriens. J’ai fait trois ans au Cameroun. La dernière fois qu’elle m’a appelé, ça devrait être le 10 juin 2011, après trois ans. Que m’a-t-elle demandé ? Elle me dit qu’il semble que je veux rentrer au pays, j’ai répondu oui et elle m’a conseillé d’aller en exil. J’ai dit non, que je ne voulais pas être dans la position de quelqu’un qui a trahi l’Etat de Côte d’Ivoire. Actuellement, elle est en exil. Mais tous ses parents sont RDR. C’est le RDR qui est au pouvoir. Elle peut actionner ses parents pour que même si on ne libère pas Gbagbo, on libère les autres. Elle pourrait même, pendant qu’on y est, chercher à habiter Korhogo, à côté de son mari. Vous savez, ça m’étonnerait fort que Gbagbo m’éloigne pour faire plaisir à Nady. Ce serait très grave. Mais je ne le crois pas.

LP : A vous entendre, on a le sentiment que vous êtes meurtri par ce que le Temps, le journal de Nady, a écrit à propos de votre position sur le rappel, en avril dernier, par Ouattara des ambassadeurs accrédités dans certains pays.
AE : Vous savez, j’assume ce que j’avais dit à l’époque sur cette décision du président Ouattara. Je disais qu’en avril, en étant à l’hôtel du Golf, il n’avait pas les symboles de l’Etat en main. Contrairement à Gbagbo qui était au palais. Donc il ne pouvait pas révoquer ou nommer un ambassadeur. Mais les choses sont autrement aujourd’hui. Il est bel et bien le Président de la République. J’ai dit que si l’arbre tombe, nous tous on tombait. Aujourd’hui Gbagbo est tombé. Nous sommes tous tombés. Mon discours est toujours valable. Quand on tombe, on a une façon de parler. Les gens font trop de bruits. Ce n’est pas normal. Je viens de mon village, notre commune s’appelle Bayota, c’est la désolation. Les gens ont voulu résister pourtant je leur avais dit de coopérer. Ils ne m’ont pas écouté. Le village vit un désastre. Comment quelqu’un peut s’organiser pour reprendre une telle barbarie. Ce n’est pas possible. Les gens dont les villages n’ont pas été touchés peuvent parler comme cela, pas nous autres. Chez moi, les gens ont passé la nuit dans la brousse. C’est terrible. Ceux là, personne ne peut leur parler encore de guerre aujourd’hui. On commence la guerre mais quand elle doit finir, elle doit finir définitivement. Il faut la paix. Pour moi, c’est la paix qui est fondamentale, parce que la réconciliation n’est pas obligatoire puisque moi par exemple, j’ai des voisins que je ne connais pas. Mais ils se sont agenouillés pour qu’on ne brûle pas ma maison. Les gens ont vécu un calvaire. Quand Gbagbo était dans l’opposition, il disait que c’est l’opposition qui fait qu’il y a la paix. Aujourd’hui, comportons nous de sorte qu’il y ait la paix.

LP : êtes-vous pour ou contre la participation de votre parti aux élections législatives ?
AE : Nous devons aller aux élections législatives. Utilisons le bon ton. Il y a une façon de négocier tout cela. On peut par exemple humblement demander au Président de la République d’aider nos potentiels candidats et tous les autres qui sont au Ghana ou ailleurs à rentrer au pays. Pensons à ceux qui sont encore en prison.

LP : Vous avez été directeur du protocole d’Etat, vous connaissez mieux le couple présidentiel. Il se raconte que l’ex-chef de l’Etat aurait été influencé par son épouse. Vous qui connaissez l’homme, Laurent Gbagbo est-il un homme influençable ?
AE : je ne me suis jamais intéressé à la vie intime de Laurent Gbagbo.

LP : Plus qu’une épouse, Simone est une camarade du parti aussi.
AE : je n’ai pas de commentaire à faire sur la question. Elle a été député. Tout le monde sait comment elle parlait à l’Assemblé nationale, comment elle menait les débats. On peut la juger par rapport à ce qu’elle faisait. Pourquoi veut-on la juger par ce que nous ne savons pas. Personne ne peut être témoin de cela. Tout le monde connaît Mme Gbagbo, elle a été responsable du FPI. Elle a animé des meetings partout. Elle faisait ses déclarations elle-même. On peut la juger par rapport à cela. Gbagbo n’est pas quelqu’un qu’on peut influencer comme cela. Tout le monde le connaît. Il a assumé jusqu’au dernier moment. Cela me rappelle quelque chose. Chaque fois qu’il y a un problème, on accuse l’entourage. Ce n’est pas mon avis.

LP : Qu’est-ce qui n’a pas marché selon vous au FPI pour que vous perdez le pouvoir ?
AE : Ne faisons pas un débat qui est déjà dépassé. Nous sommes à une autre phase. Gbagbo a pris le pouvoir en 2000. En 2001, il y a eu tentative de coup d’Etat. Il y a eu ensuite 2002. A partir de là, on a effectué de nombreux voyages pour signer tous ces accords qui nous indiquaient comment nous devrions nous comporter pour avoir la paix. Nous sommes dans une nouvelle dynamique de la vie de la Côte d’Ivoire. Nous sommes aujourd’hui en 2011, il y a eu les élections, il y a eu des faits graves et ensuite on veut aller à l’apaisement, on veut aller à la réconciliation. Les gens font des démarches dans ce sens. Il faudrait qu’on s’engage dans cette voie de la paix. C’est ce qui est ma préoccupation. Je n’apprécie pas le chemin que les autres veulent emprunter pour y aller. Il faut que nous soyons ensemble avec les autres pour la réconciliation. En 2002, Boga Doudou a connu la mort, une mort atroce. Mais deux ou trois ministres lui ont succédé alors qu’il n’avait pas encore été enterré. Pourquoi ? Il était mort pour la cause. Mais le poste ne pouvait être vaquant. Cela veut dire que l’Etat a ses raisons qui dépassent les sentiments des individus. Selon les sages, quand quelqu’un meurt, il faut l’enterrer avant de partager ses biens, ce qui n’est pas le cas pour l’Etat. L’Etat doit fonctionner. C’est pour cela que nous devons comprendre que notre patron, notre frère, n’est plus là. C’est l’Etat. Ne réagissons pas en termes de sentiments pour dire « comme c’était mon frère, je dois pleurer tous les jours et ne pas respecter celui qui est là ». Je dis non. Dès que quelque chose t’arrive, on te remplace immédiatement parce qu’il faut que l’Etat fonctionne. C’est de cela qu’il s’agit. Il ne s’agit pas d’amour. Un autre point, on me traite de Judas. Soyons sérieux, pour la paix et pour la réconciliation. Le général Guéi est mort, mais son fils était Conseiller de Gbagbo. Gbagbo a envoyé des délégations à Man pour la réconciliation. Alors que les gens accusaient Gbagbo d’être le tueur de Guéi. Son fils était Conseiller pas parce qu’il avait besoin d’argent, mais sa présence auprès de Gbagbo pouvait apaiser ses parents. C’est cela la vie politique. Quand je venais de l’Italie, tous mes amis m’avaient conseillé le contraire. En 1990, personne ne savait que le FPI prendrait le pouvoir. J’ai été le seul à regagner le pays depuis l’Europe. Tous mes amis disaient que le moment n’était pas opportun. Moi, je suis venu, j’ai assumé. Je n’ai jamais pleurniché pour demander quelque chose. On mangeait de la banane braisée. Je connais beaucoup de cadres du RDR. Je pouvais me cacher pour aller les voir. Il s’agit d’un problème sérieux où nos parents ont souffert. Ceux qui ont l’intention de tenter une aventure, je leur conseil d’arrêter. Parce que ce qui est arrivé chez nous est terrible. Moi, mon sport, c’est la marche et la chasse. J’avais oublié que les gens étaient traumatisés. Je suis allé à la chasse avec un fusil qui fait du bruit. Lorsque le coup est parti, tout le village a fui. Vous vous rendez compte. On doit aller à la paix sereinement. Et réapprendre là où on a fait échec, pour rebondir.
Bakary Nimaga, Yves-M. Abiet et Kigbafory Inza

lundi 26 septembre 2011

A QUOI JOUE LAURENT GBAGBO ?

L’ex-président ivoirien a porté plainte contre l’armée française pour tentative d’assassinat. Mais quels sont les axes de sa stratégie de défense?
Laurent et Simone Gbagbo le 11 avril 2011 à l'hôtel du Golf, à Abidjan. REUTERS/STR New
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Attaquer l’armée française pour tentative d’assassinat, c’est sans doute une façon d’attirer l’attention faiblissante des médias sur le sort de Laurent Gbagbo. Derrière cette plainte, portée le 5 juillet mais annoncée le 16 septembre, se trouve le tandem d’avocats français Jacques Vergès et Roland Dumas.
Ces derniers ont pour mission de défendre Laurent Gbagbo sur le territoire français, avec Marcel Ceccaldi (ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen, défenseur de l’ex-président guinéen Moussa Dadis Camara et Mouammar Kadhafi) et la jeune et relativement inconnue Lucie Bourthoumieux, d’origine camerounaise. Ils se répartissent la tâche avec de nombreux autres confrères, tous mandatés par Géraldine Odéhouri, la conseillère juridique de Laurent Gbagbo.
Emmanuel Altit, à Paris, travaille ainsi sur le plan de la justice internationale, dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte le 24 juin en Côte d’Ivoire par la Cour pénale internationale (CPI). C’est un habitué des grands dossiers médiatiques: il a défendu le soldat israélien Gilad Shalit, retenu en otage depuis 2006 par des groupuscules palestiniens, mais aussi les infirmières bulgares détenues en Libye de 1999 à 2007, ainsi que le rebelle congolais Thomas Lubanga, le premier homme à avoir comparu, en 2006, devant la CPI.
Trois avocats ivoiriens, Agathe Barouin, Jean-Serge Gbougnon et Toussaint Dako Zahui, s’occupent pour leur part de défendre Laurent Gbagbo face à la justice ivoirienne. Celle-ci a formellement inculpé, le 18 août, le couple Laurent et Simone Gbagbo de «crimes économiques» (vol, détournement de fonds, pillage).
Laurent Gbagbo est aussi défendu par une pointure politique, Joseph Kokou Koffigoh. Ancien Premier ministre de la transition démocratique tentée par le Togo du général Eyadéma (1991-1994), puis ministre des Affaires étrangères (1998-2000) et de l’Intégration régionale (2000-2002), cet avocat de métier dispose du carnet d’adresses pour faire du lobbying à l’échelle du continent.
Koffigoh, qui aussi été le chef de la mission d’observation de l’Union africaine (UA) lors de la dernière présidentielle ivoirienne, avait rendu le 30 novembre 2010 un rapport mitigé. Il se félicitait du «déroulement satisfaisant des élections», mais notait la présence de militaires près des bureaux de vote, «l’atmosphère lourde» ainsi créée, et notait des actes de violence et d’intimidation —parmi lesquels la séquestration de deux de ses observateurs, libérés grâce à l’intervention de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Koffigoh s’était par ailleurs distingué par sa présence, lors de l’investiture de Laurent Gbagbo, le 4 décembre 2010.

Le mystère de l'arrestation de Gbagbo

La plainte déposée contre l’armée française a une portée d’abord et avant tout politique. Elle vise à donner lieu à un procès qui pourrait servir de tribune politique à Laurent Gbagbo. Elle donne aussi du grain à moudre aux sympathisants du Front populaire ivoirien (FPI), qui accusent à qui mieux mieux la France, ancienne puissance coloniale, d’avoir voulu renverser leur chef.
La force Licorne, qui opère sous mandat onusien, a certes procédé début avril à des tirs de missiles aux abords de la résidence présidentielle de Cocody, où s’étaient retranchés Laurent Gbagbo et ses proches. Deux hélicoptères de l’Onuci et quatre hélicoptères français Gazelle ont visé, officiellement, les armes lourdes déployées par les Forces de défense et de sécurité (FDS) autour de la résidence, comme le leur permettait la résolution 1975 du Conseil de sécurité.
Dans les heures qui ont suivi l’arrestation de Gbagbo, le matin du 11 avril, le ministre de la Défense français, Gérard Longuet, s’est défendu de toute implication directe, affirmant qu’à «aucun moment, les forces françaises n’ont pénétré dans le jardin, ni la résidence présidentielle de Monsieur Gbagbo». En revanche, elles étaient bien déployées tout autour, avec une trentaine de blindés et 200 à 250 soldats français, qui ont ouvert la brèche dans laquelle se sont ensuite engouffrées les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), inféodées à Alassane Ouattara et enlisées dans la bataille d’Abidjan.
Cette plainte, sur laquelle le ministère français de la Défense ne veut faire aucun commentaire, pose bien des questions qui relèvent du bon sens: si l’armée française avait voulu tuer Laurent Gbagbo— au risque d’en faire un martyr— aurait-il été arrêté vivant? Alassane Ouattara n’avait-il pas, au contraire, donné des consignes pour qu’aucun mal ne lui soit fait?
Pour mémoire, Laurent Gbagbo a été placé sous la garde de la police onusienne, à sa demande, après son arrestation. Arrivé le 11 avril par une porte dérobée à l’hôtel du Golf, le quartier général d’Alassane Ouattara, il a échappé au lynchage subi par sa femme Simone et son fils Michel…
Emmanuel Altit, pour sa part, semble suivre une autre ligne de défense. Il attend que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, donne des suites ou non à l’enquête préliminaire ouverte en Côte d’Ivoire. Et surtout qu’il «se détermine, pour dire qui il vise, qui il veut entendre et contre qui il entend délivrer des mandats d’arrêt».
Emmanuel Altit, qui travaille sur les crimes commis cette année par les FRCI, tente depuis des semaines d’avoir accès à Laurent Gbagbo. Il était encore à Korhogo le 15 septembre, accompagné par un procureur et ses trois confrères ivoiriens, porteur d’une autorisation de visite en bonne et due forme, tamponnée par la juge d’instruction, Makouéni Cissé, en charge de l’affaire à Abidjan.
«Sur place, les représentants du commandant de zone Tuo Fofié, un proche de Guillaume Soro, se sont obstinément opposés à ce que nous puissions voir le président», raconte Emmanuel Altit.
Les nouvelles de Laurent Gbagbo, cependant, ne sont pas mauvaises: le président déchu, auquel deux avocats ivoiriens ont pu rendre visite début septembre, se porte bien. Il se trouve toujours en compagnie de son médecin personnel. Jacques Vergès et Roland Dumas, avec tout leur poids politique, se sont plus facilement frayé un chemin jusqu’à Laurent Gbagbo. Ils l’ont longuement rencontré le 17 septembre, et assurent que l’ancien président va bien.
Sabine Cessou

lundi 19 septembre 2011

Crise ivoirienne/Des chefs de guerre de l’ex-rébellion témoignent ; Le rôle joué par la France ; La guerre de leadership qui a failli tout gâter

   | L'Inter


© Ivoire-Presse par G. Lasme
Présidentielle - sécurité : Deploiement de 1500 soldats des FAFN.
Le départ de 1500 soldats Fafn pour la sécurisation du second tour a debuté a Bouaké le jeudi 25 novembre 2010 en présence du CEMA Soumaila Bakayoko ,le Cdt Shérif Ousmane et des forces licornes



 

 


 
 
Neuf (09) ans après la crise militaro-politique que la Côte d’Ivoire a traversée, les langues continuent de se délier et les confidences, devenir de plus en plus publiques sur l’origine de l`ex-rébellion, ses acteurs majeurs et les péripéties en interne qu`elle a connues, et dont les incidences se sont prolongées jusqu`à la récente crise post-électorale. Dans un CD datant de décembre 2003 et qui circule encore sous cap, des responsables des Forces nouvelles font d`importantes révélations sur la constitution de la rébellion de septembre 2002, mais également la guéguerre qui a opposé ses deux leaders, en l’occurrence Ibrahim Coulibaly alias IB tué récemment à Abidjan lors d’une confrontation entre ses éléments et les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles et actuel Premier ministre. Ce CD, dont nous avons eu copie, présente plusieurs chefs de guerre faisant des témoignages juste après la guéguerre qui les a opposés aux hommes de IB. Il s’agit de Abou Fama, le mythique chef de guerre de Man à l`époque, connu dans le rang de l’ex-rébellion comme un dur, de Chérif Ousmane, ex-com-zone à Bouaké, dirigeant de la célèbre compagnie militaire ``Guépard`` et aujourd’hui commandant en second du Groupement de la sécurité présidentielle. Dans les témoignages compilés dans le CD, l`assaut du groupe armé qui a attaqué le régime Gbagbo était prévu pour durer trois jours à l’issue desquels, une fois l’ancien président chassé du pouvoir en 2002, un comité ministériel dirigé par IB devait être mis en place avec comme porte-parole, Guillaume Soro. Malheureusement, ayant échoué dans leur entreprise, le groupe armé va se muer en rébellion avec des fortunes diverses. Contrairement à ce qui a été véhiculé, les révélations contenues dans le CD indiquent clairement que la France n’a pas soutenu la rébellion. Bien au contraire, compte tenu des accords de défense qui la liaient à la Côte d’Ivoire, la France a intimé l’ordre à ses soldats sur place de traquer les ``barbus`` d’alors, présentés par le régime précédent comme des étrangers. Les soldats français n’ont pas ménagé Chérif Ousmane et ses hommes sur les fronts, comme en témoigne dans l’élément filmé et sonore, Abou Fama. «Le vendredi 20 septembre 2002, quand nous sommes sortis de l`embuscade de Tiébissou la veille et que nous sommes rentrés à Bouaké, j`ai appelé encore Ibrahim Coulibaly( IB) et je lui ai dit de faire la déclaration parce que nous sommes dans le feu. Il m`a répondu en disant que ce n`était pas encore le moment. Alors j`ai demandé quand ce serait opportun. Au même moment, on m`a appelé pour dire qu`il y a une attaque à Tiébissou. Alors j`ai pris ma voiture et foncé avec mes éléments. Pendant ce temps, Laurent Gbagbo, qui était revenu de son voyage, annonce sur les chaînes nationales et internationales qu`il est venu pour reprendre son pays. C`était dur en ce moment. Les militaires français nous traquaient durement sur le terrain. Pendant que les hélicos vous bombardent en l`air, les chars vous poursuivent en bas. Parce que comme vous le savez, il y a un accord de défense entre la Côte d`Ivoire et la France. Donc si la Côte d`ivoire est attaquée de l`extérieur qu’elle demande de l`aide à la France, celle-ci doit l`aider à libérer le pays. Laurent Gbagbo disait que c`était les burkinabé qui attaquaient son régime», a longuement argumenté Abou Fama au cours d’une rencontre avec des populations quand la rébellion a été divisée entre les pro-Soro et pro-IB.

«Il fallait se dévoiler sinon…»

«Quand je suis retourné à la base, j`ai informé Fofié et Chérif de ce que ``IB`` ne voulait pas faire de déclaration (pour reconnaître la paternité de la rébellion). Ensuite, j`ai appelé Soro qui m`a dit de nous dévoiler. Et c`est que nous avons fait en donnant nos vraies identités. Malgré cela, on disait toujours que nous étions des étrangers à cause de nos barbes. Nous nous sommes rasés et c’est ainsi que nos amis nous ont reconnus pour dire que nous sommes effectivement des soldats ivoiriens. C`est comme cela que les Français nous ont laissé tranquilles un peu. Mais la communauté internationale nous demandait par la suite un chef, parce qu`avec un tel mouvement sans chef, si on nous laissait progresser sur Abidjan, ça allait être grave. Et comme IB a refusé d’assumer, notre groupe n`avait donc pas de chef. C’est ainsi que les Français ont bloqué notre progression à partir de Tiébissou et sur les autres fronts à l`ouest et au nord-est. Nous avons été freinés net dans notre progression vers la capitale pour chasser Laurent Gbagbo», a révélé Abou Fama. Le désistement de IB, selon les récits compilés dans le CD non encore public, aurait créé une grande fissure au sein de la rébellion. Il s`y était installé une très grande méfiance car chaque chef ayant son groupe et ses hommes, voulait passer par tous les moyens pour prendre les commandes. Revenu à Bouaké, IB voulait tenter alors de récupérer les Forces nouvelles après son faux bond. «On a constaté que notre jeune frère est toujours obsédé par l’idée d’être dirigeant des Forces nouvelles alors que quand on lui avait demandé de se déclarer pour être chef du Mouvement patriotique de la Côte d’Ivoire (MPCI ex-rébellion), il avait refusé. Il avait même dit sur les antennes des chaînes internationales qu`il n`est mêlé ni de près ni de loin au mouvement, ensuite qu’il n`a signé aucun document. Et puis quand on créait les Forces nouvelles, on n’a pas envisagé d’être président», a fait savoir un certain Fofana dans le CD.

Guerre fratricide entre les soldats de l’ex-rébellion

Selon Chérif Ousmane, la guerre des clans faisait rage au sein de la rébellion avec d`un côté Kass, l`homme de main du sergent IB et de l’autre ses soldats et lui. «Nous étions là un jour, on voit Kass passer à la télévision pour dire que IB est désormais le chef des Forces nouvelles. Deux jours après, ce sont quatre personnes qui viennent faire la déclaration. Et j`apprends ensuite que Kass est à l`état-major avec ses hommes. Et quand je suis arrivé là-bas, ils avaient encerclé les lieux en recrutant des enfants qui avaient des bois et des Rpg7. Mais il ne leur a pas dit la vérité. J’ai demandé à ces enfants d’abandonner leur position de guerre. J`ai mis le colonel Bakayoko et Soro Guillaume en lieu sûr. Et j`ai appelé IB pour lui dire de faire rentrer ses hommes. Il a répondu qu`il a demandé à Kass d`arrêter le colonel Bakayoko et de le mettre en prison pour 48 h. Comme ça, il saurait que lui, IB, est garçon et que si je veux que ses hommes abandonnent, il faut aussi que Soro et le colonel Bakayoko aillent déclarer que désormais, c’est lui le chef des Forces nouvelles. Mais on n`a pas réagi pour ne pas faire plein de morts», a révélé à son tour Chérif Ousmane. Et Abou Fama de poursuivre pour dire que même au front, la situation était difficile dans la mesure où, outre l`adversaire, on pouvait craindre des balles dans le dos. «Quand tu es au front, il y a des gens qui tirent dans ton dos. Tu penses qu`il ne sait pas tirer alors qu’on les avait envoyés pour te tuer et on sait qui faisait ça. A un moment, on ne faisait confiance à personne. Je ne faisais pas confiance à mes amis, même les plus proches. Nos têtes étaient mises à prix et il fallait nous éliminer au profit de IB. On a vécu tout cela pendant que Laurent Gbagbo était assis chez lui à Abidjan».

Entre traîtrise et souffrance des combattants

Les jeunes combattants enrôlés dès les premières heures ont vécu des situations difficiles, selon des révélations faites par des chefs de guerre. Abou Fama en témoigne. «Il y a un petit qui me suivait toujours, le jour où il est tombé, il m`a dit: chef, j`ai pris une balle. Je lui ai dit qu’on allait le transporter à Bouaké pour le soigner. Le petit m`a dit: non chef, continuez le combat sans moi, mais que la vérité et la justice triomphent. Il est mort». Pour ce chef de guerre, ceux qui étaient vivants et dans les camps étaient misérables. «On a des soldats avec nous depuis seize mois à qui on n`a pas pu payer un seul morceau de savon. Pour manger, c`est un problème. J`étais obligé de prendre des bennes pour aller chercher à manger pour mes soldats. Quand nous sommes allés à Korhogo, après que le colonel a fini de parler, il y a un soldat qui s`est levé pour dire ``nous sommes tous des menteurs``, et qu’ils ne désarmeront pas tant que leur chef n’est pas là. On lui a demandé, c’est qui. Il a répondu IB. Alors je lui ai dit: toi tu es garde du corps d`un ministre et tu as de quoi manger. Si tes problèmes sont résolus, laisse-nous nous occuper de tes amis qui n’ont rien. Il y a aussi les problèmes des enfants des soldats qui sont morts», a-t-il soutenu.

«Ce qui se faisait avec l’argent du cacao, du diamant etc.»

Dans une séquence de la vidéo, nous apercevons Chérif Ousmane décliner les raisons qui ont poussé des soldats à prendre les armes contre l’ordre établi. «Chacun est venu dans la rébellion à cause de quelque chose, mais sa raison est dans son cœur. IB m`a envoyé pour aller combattre à l`ouest et prendre Zouan-Hounien afin d`exploiter l`or et le diamant. Mais moi, je ne suis pas venu dans la rébellion pour cela. Il a envoyé ses gars pour prendre le cacao, le café de nos parents pour aller les vendre en Guinée et lui envoyer l`argent sous prétexte qu`il va nous acheter des armes, mais jusqu`aujourd`hui, rien. Ses hommes volent les biens de nos parents, les vendent et lui expédient l`argent via Western Union en France. L’argent que lui, IB, a, si ce n`est pas de l`argent volé, peut-il l’avoir ? Il y a aussi des gens qui sont venus pour braquer les parents. Au nord, l’engrais et la société sucrière SUCAF ont été pillés et les produits vendus à l`extérieur de la Côte d`Ivoire. Ils ont vidé la GESTOCI et tout cela pour envoyer l’argent en France à IB», a révélé Chérif Ousmane, avant de déclarer, à l’époque, qu’«ils ne lâcheraient pas les armes tant que Laurent Gbagbo serait au pouvoir». Aujourd’hui, après le scrutin présidentiel et le refus de l’ancien chef d’Etat de céder le pouvoir perdu dans les urnes, les durs de l’ex-rébellion ont fini par atteindre leur objectif. Et ce CD, qui circule encore sous cape, n`est qu`un page de leur histoire qui se révèle peu à peu au public.

lundi 5 septembre 2011

Crise en Côte d’Ivoire : Wikileaks enfonce Gbagbo, Blé Goudé et la France

Dans un mémo envoyé le 2 juillet 2009 à Washington, intitulé Les élections en Côte d`Ivoire : le mythe et la réalité, Wanda Nesbitt, alors ambassadrice, voyait dans le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo la «troisième» formation du pays, associée à un groupe ethnique «minoritaire». «Pour gagner une élection présidentielle, le Fpi a besoin de s`allier avec l`un des deux autres grands partis», notait la diplomate.
En plus des pressions de la communauté internationale qui l’invitait à céder le pouvoir à Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo endurerait les révélations de WikiLeaks sur sa personnalité et son maigre poids politique. Ainsi, en 2009, l`ambassade des États-Unis à Abidjan (Côte d`Ivoire), laissait clairement entendre que Laurent Gbagbo n`organiserait pas les élections s`il n`était pas sûr de les gagner. Dans un mémo daté du 2 juillet 2009 et envoyé à Washington sous le titre : Les élections en Côte d`Ivoire : le mythe et la réalité », Wanda Nesbitt, alors ambassadrice, considérait le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo comme minoritaire, devant s`allier à un autre parti pour triompher. D’où les tentatives infructueuses de rapprochement avec le Rassemblement des républicains (Rdr) d`Alassane Ouattara, amorcées dès 2007, à en croire la diplomate. Face à cet échec, Laurent Gbagbo se serait résolu à envisager un duel électoral avec Ouattara. Selon Wanda Nesbitt, il était persuadé, proximité ethnique oblige, que les électeurs du Parti démocratique de Côte d`Ivoire (Pdci), de l’ancien président Henri Konan Bédié, se rallieraient à sa cause plutôt qu`à celle des «Nordistes» du Rdr. Peine perdue : les télégrammes américains mettent en lumière toute l`importance du report effectif des voix des partisans de Bédié vers Ouattara.

L’infréquentable Charles Blé Goudé

Les diplomates américains, se sont également apesantis sur très tôt la nature des relations Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, qui avait été promu ministre de la Jeunesse et de l’Emploi. « Le président Gbagbo a fait des demandes répétées aux Nations unies pour qu`elles lèvent les sanctions contre Blé Goudé », notent les diplomates américains. Ils se désolent de voir que le leader des patriotes semble être « préparé [par Gbagbo] pour de futures responsabilités au sein du parti et/ou dans le gouvernement au lieu que soient prises des distances avec une personne faisant l`objet de sanction des Nations unies et qui demeure une personnalité source de division dans son pays ». « Des sanctions [avaient effectivement] été mises en place le 7 février 2006, pour des appels répétés à la violence contre des installations et des personnels des Nations unies et pour sa participation à des actes de violence commis par des milices de rue, incluant des passages à tabac, des viols et des exécutions extrajudiciaires », résume le télégramme américain obtenu par WikiLeaks. Et les Américains d’enfoncer le clou, citant comme sources leurs homologues français : « Blé Goudé est devenu un homme d`affaires très prospère, avec des intérêts conséquents dans des hôtels, boîtes de nuit, restaurants, stations-service et dans l`immobilier en Côte d`Ivoire. »

Fanfaronnade

Mais l’intérêt des Américains pour la Côte d’Ivoire porte également sur ses relations ambiguës avec la France, au plus fort de la crise ivoirienne. La gestion des bombardements de Bouaké, perpétrés en 2004, les laisse songeurs. Les mémos insistent notamment sur la latitude qu’avait la France de prévoir cette attaque (car elle savait qu’Abidjan s`était fait livrer deux Soukhoï, en violation de l’embargo de l’Onu). Et aussi sur le silence de Paris, jugé troublant pour un pays qui avait la possibilité d’interroger les responsables directs : les pilotes des Soukhoï impliqués ont été arrêtés à Abidjan, détenus quatre jours par l`armée française, avant d`être autorisés à quitter la Côte d`Ivoire pour se rendre au Togo.
De plus, alors que tout le monde estimait les relations Paris-Abidjan tendues à l’extrême, Laurent Gbagbo continuait de s’entretenir en coulisses avec les autorités françaises. Les mêmes sources notent que Gbagbo affirmait que M. de Villepin « en est venu à réaliser que la politique du président Chirac d`essayer de se débarrasser de [lui] ne marcherait pas ». Mieux, selon les câbles américains, Laurent Gbagbo, réçu à l`ambassade des Etats Unis à Abidjan, se serait vanté, devant ses interlocuteurs américains interloqués, d’être à l’origine de la nomination de Dominique de Villepin à Matignon en 2005. Il « a révélé, indique le télégramme, que de Villepin lui avait demandé d`intervenir auprès du président Chirac pour qu`il le nomme Premier ministre [en 2005], et Gbagbo s`était exécuté. Chirac avait réagi en disant que de Villepin était du genre nerveux, mais Gbagbo avait donné la garantie à Chirac que de Villepin était la personne parfaite pour cette fonction ». Réalité ou fanfaronnade ? En tout cas, au regard du sort qu`a connu Laurent Gbagbo depuis le 11 avril 2011, on est loin de cette époque où il prétendait jouer au conseiller officieux d’un président français.

Armand B. DEPEYLA ( Source Le Monde, la Bombe Wikileaks)

mercredi 31 août 2011

CFL@InfoContinueCI: LES EXPLOITS D'UN MAITRE: Alassane Dramane Ouattar...

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LES EXPLOITS D'UN MAITRE: Alassane Dramane Ouattara

30/08/2011 à 11h:44 Par Pascal Airault
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Le port autonome d'Abidjan est désormais dirigé par Hien Sié. Le port autonome d'Abidjan est désormais dirigé par Hien Sié. © PAA
Administration, entreprises publiques et parapubliques… Le président Alassane Ouattara redistribue les cartes en nommant des proches aux postes clés. Pendant ce temps, les groupes étrangers placent leurs pions. Revue de détail.
Quatre mois après la chute de Laurent Gbagbo, la valse des directeurs généraux et présidents de conseil d’administration se poursuit en Côte d’Ivoire. Le nouveau chef de l’État, Alassane Dramane Ouattara (ADO), nomme à tour de bras dans l’administration et dans les entreprises publiques et parapubliques. Cette recomposition du paysage mécontente l’opposition, qui dénonce la mise en coupe réglée de l’économie par les Nordistes. « Le président nous invite à rentrer pour participer à la réconciliation et à la reconstruction, après nous avoir limogés et coupé les vivres, s’emporte un patron pro-Gbagbo en exil au Ghana. Mais nous n’avons aucune garantie sécuritaire pour reprendre une activité. »
En fait, ADO a d’abord verrouillé les régies financières de l’État, en nommant des proches aux postes à responsabilité. Il a notamment promu son frère, Ibrahim Ouattara, surnommé « Photocopie » pour sa ressemblance avec le chef de l’État, comme nouveau directeur administratif et financier de la présidence, et mis ses hommes à l’Inspection générale d’État (qui contrôle notamment les sociétés publiques) et aux directions du Trésor, des impôts et des douanes. Il a aussi installé Hilaire Marcel Lamizana à la tête du port de San Pedro, Lacina Coulibaly à la Banque pour le financement de l’agriculture, Mamah Diabagaté à la Caisse nationale des caisses d’épargne, Bouaké Méité à la Société des transports abidjanais, Mamadou Konaté à la Poste, Lamine Coulibaly à l’Agence de gestion foncière, Issiaka Bamba à la Société de gestion du patrimoine immobilier de l’État…
D’autres, au profil hybride de politiciens (membres du Rassemblement des républicains, de Ouattara) et de chefs d’entreprises, se sont vu remercier de leur soutien politique et financier par des maroquins ministériels. Adama Bictogo (négoce et services) a hérité du ministère de l’Intégration africaine, Gaoussou Touré (agroalimentaire) des Transports, Hamed Bakayoko (médias) de l’Intérieur. On prête aussi des intentions économiques à la première dame, Dominique Ouattara, bien qu’elle affirme s’être désengagée de ses affaires (immobilier, médias, franchises) pour se consacrer à sa fondation. Elle rencontre en tout cas très régulièrement les grands patrons, à Abidjan comme à l’étranger.
Conflits d’intérêts ?
Déjà, on craint des conflits d’intérêts dans un pays où l’affairisme est très répandu. Cette pratique s’est perpétuée sous Houphouët-Boigny (1960-1993) et Henri Konan Bédié (1993-1999) : il fallait être coopté par le pouvoir pour rentrer dans les activités économiques. Laurent Gbagbo (2000-2010) n’a fait que pérenniser le système, en confiant les rênes des sociétés publiques à ses compagnons de lutte et en favorisant l’émergence d’entrepreneurs proches. On s’attend aujourd’hui à une nouvelle donne dans les domaines de la distribution, des stations-service, de l’immobilier…
Hien Sié
Nouveau directeur du Port autonome d'Abidjan.
Parmi les promus, on trouve aussi les hommes de Henri Konan Bédié, patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui a apporté un soutien décisif à ADO au second tour. Comme Guy Koizan, son beau-frère, qui a obtenu la direction générale de Versus Bank, et Hien Sié, un allié historique, qui prend la direction du Port autonome d’Abidjan. Son ancien ministre délégué au Budget à la fin des années 1990, Jean-Baptiste Aman Ayayé, s’est vu confier les clés de l’antenne nationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Daniel Gnangni, frère de Pierre Gnangni, un cacique du parti, prend le contrôle de la Société nationale des opérations pétrolières (Petroci). Noël Akossi Bendjo, maire de la commune du Plateau, à Abidjan, remplace Laurent Ottro Zirignon à la tête du conseil d’administration de la Société ivoirienne de raffinage, dont il avait déjà été directeur général sous Bédié.
ADO a encore nommé un autre cadre du PDCI, Marcel Zadi Kessy (président de la Compagnie ivoirienne d’électricité et de la Société de distribution de l’eau), à la tête du Conseil économique et social. Et promu Kassi N’da, proche de l’ancien Premier ministre Seydou Diarra, directeur général de la Banque nationale d’investissement. En mai, il a confié le poste de gouverneur de la BCEAO à Dakar à Meyliet Tiémoko Koné, directeur de cabinet de Guillaume Soro. Dans le camp présidentiel, on se défend, bien sûr, de fonctionner sur une base partisane, assurant privilégier « la compétence à tous les postes ».
Daniel Gnangni
Directeur général de la Petroci. Né en 1950 à Grand-Lahou, dans le sud du pays, Daniel Gnangni a fait une grande partie de sa carrière à la Petroci, où il a notamment occupé les postes de directeur exploration et de conseiller du directeur. Il a également été directeur de cabinet du ministre des Mines et de l’Énergie Yed Esaïe Angoran de 1987 à 1993.
« Je ne suis pas inquiet, confie Jean-Louis Billon, président de Sifca (agroalimentaire). Le nouveau chef de l’État va favoriser la libre entreprise. » Sifca, premier groupe ivoirien, poursuit d’ailleurs son implantation dans les pays limitrophes, en rachetant des plantations d’hévéas et de palmiers à huile, et cherche toujours un partenaire d’envergure dans l’industrie sucrière. Le groupe NSIA, de Jean Kacou Diagou, continue également son expansion régionale : il vient d’acquérir l’assureur nigérian Adic Insurance. Enfin, les opérateurs libanais, qui possèdent environ un tiers de l’économie ivoirienne, souhaitent aussi poursuivre leurs investissements. À l’image de Nasser Seklaoui (distribution et négoce), qui prévoit de monter prochainement une usine d’assemblage d’équipements hifi-vidéo, après avoir récupéré la commercialisation des produits Samsung.
Privatisations
« Très bientôt, c’est toute la Côte d’Ivoire qui sera en chantier… Vous aurez des emplois et vous aurez aussi les financements promis pour vos projets », a déclaré ADO, le 7 août, à l’occasion du 51e anniversaire de l’accession à l’indépendance du pays. Son programme pour les cinq prochaines années est basé sur l’investissement de 12 000 milliards de F CFA (18,3 milliards d’euros) dans l’énergie, les infrastructures et le social. Mais le lancement des grands chantiers pourvoyeurs d’emplois, comme le terminal à conteneurs de l’île Boulay, le troisième pont d’Abidjan, l’aéroport international de San Pedro, l’extension du réseau routier ou encore le transfert des institutions à Yamoussoukro, connaît des retards. Les autorités peinent actuellement à trouver 103 milliards de F CFA pour boucler leur budget 2011.
Pour l’instant, ADO pare au plus pressé. Il a mis en place un programme présidentiel d’urgence de 45 milliards de F CFA pour réhabiliter les secteurs de la santé, de l’eau, de l’électricité, de l’école et de la salubrité urbaine. Les travaux sont confiés à des entreprises locales, notamment pour la réfection des bâtiments administratifs, du réseau routier, de la prison d’Abidjan…
Adama Toungara
Ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Originaire de Duékoué, dans l’Ouest du pays, Adama Toungara, 68 ans, est le père de l’industrie pétrolière ivoirienne. Il a présidé les conseils d’administration ou assuré la direction générale de presque toutes les entreprises publiques, dont la Société ivoirienne de raffinage et la Petroci. Et conseillé le président Houphouët-Boigny dans le domaine de l’énergie..
L’ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), rompu aux méthodes américaines, prépare néanmoins l’avenir. Sont associés à la réflexion Amadou Gon Goulibaly, secrétaire général de la présidence, et le Français Philippe Serey-Eiffel, son puissant conseiller économique, deux anciens dirigeants de la Direction centrale des grands travaux. Et des ministres comme Adama Toungara (Mines, Pétrole et Énergie).
ADO a sollicité les cinq grands cabinets d’audit et de conseil de la place (KPMG, Deloitte, Ernst & Young, Auditeurs associés, PricewaterhouseCoopers) pour réaliser le diagnostic des 43 sociétés publiques, dont certaines sont promises à une privatisation dans les douze prochains mois. Il a annoncé en juillet qu’il voulait réduire de 25 % le portefeuille de l’État. Pétrole, services, banques… Les capitaux de plusieurs fleurons de l’industrie devraient être ouverts. « Il y a une volonté manifeste de faire l’inventaire de l’existant et de se projeter vers le futur en faisant appel à des groupes répondant aux normes internationales », explique Jean-Luc Ruelle, de KPMG.
"World company"
Dans les milieux d’affaires, on ironise déjà à propos du débarquement prochain de la « world company » sur la lagune. En réalité, les présidents successifs du pays ont toujours invité les groupes étrangers à opérer en Côte d’Ivoire. Mais ADO, lorsqu’il était Premier ministre de 1990 à 1993, a accéléré le mouvement de libéralisation, en confiant notamment la concession de l’eau et de l’électricité au français Bouygues. Depuis sa prise effective du pouvoir en avril, il a manifesté sa volonté de renforcer la coopération avec les entreprises françaises.
Total et Bouygues ont prévu d’intensifier leurs prospections dans les hydrocarbures d’ici à la fin de l’année. Vincent Bolloré, malgré son soutien à Gbagbo lors de la campagne, a sauvé sa concession portuaire et lorgne celle de l’île Boulay avec appétit. Carrefour est en pourparlers avec les nouvelles autorités pour une entrée dans la distribution. Auchan s’intéresse aussi aux potentialités du marché ivoirien. Dans le BTP, Sogea-Satom va installer prochainement un bureau à Abidjan. Un secteur très concurrentiel où opèrent d’autres sociétés françaises, comme Sibagec et Sud Constructions, ainsi que Pierre Fakhoury Operator, au capital belgo-ivoirien.
Le Premier ministre français, François Fillon, en visite à Abidjan en juillet, a annoncé l’annulation prochaine de 1 milliard d’euros de dette bilatérale et la reconversion de 2 milliards en contrat de désendettement et de développement. De quoi favoriser un retour en force des entreprises hexagonales – il y a déjà 140 filiales de grands groupes et 500 PMI-PME en Côte d’Ivoire –, qui comptent se positionner sur les projets de reconstruction et les secteurs les plus dynamiques.
Mais ADO souhaite aussi diversifier ses partenariats, jouant de son carnet d’adresses international. Il a déjà effectué des déplacements aux États-Unis, au Ghana et au Nigeria – premier partenaire commercial devant la France –, puis reçu son ami Stanley Fischer, gouverneur de la Banque centrale d’Israël. Les Marocains, qui mènent une politique agressive en Afrique subsaharienne, étudient aussi les potentialités du marché ivoirien. Attijariwafa Bank a racheté en 2009 la Société ivoirienne de banque, et Addoha prévoit d’investir 20 milliards de F CFA dans une cimenterie. Le déficit en habitations est tel, en Côte d’Ivoire, que les autorités vont prochainement lancer un programme de 300 000 logements sociaux, autre secteur où le groupe marocain intervient.
Dans le négoce du café-cacao, les américains Cargill et Archer Daniels Midlands, le suisse Barry Callebaut et l’anglais Armajaro devraient garder la mainmise sur les exportations. Le singapourien Olam, déjà présent dans l’anacarde, l’huile de palme, le coton et le cacao, cherche à se positionner sur des nouveaux marchés et à racheter des sociétés locales. Son PDG, Sunny Verghese, sera à Abidjan début septembre. Dans le domaine des franchises, les choses devraient également bouger. La chaîne Hippopotamus a ouvert récemment un restaurant dans le quartier du Plateau, et l’arrivée de McDonald’s est annoncée.
Dans l’énergie, le ministre Adama Toungara finalise actuellement sa stratégie de valorisation des ressources nationales. Il devrait mettre aux enchères de nouvelles concessions pétrolières. Il étudie aussi le secteur des mines, où le sud-africain Randgold et l’indien Tata Steel ont récemment fait leur entrée. Des avantages fiscaux sont proposés aux entrepreneurs voulant investir dans le nord du pays. Mais, pour l’instant, les ex-seigneurs de guerre, intégrés progressivement dans la nouvelle armée, ont toujours le contrôle des ressources. Au Nord comme au Sud, la plupart des investisseurs restent prudents en raison de l’insécurité et des tensions politiques. Le réel décollage de l’économie ne devrait avoir lieu qu’après la tenue des législatives, promises avant la fin de l’année.


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