lundi 21 novembre 2011

Libye : après Seif el-Islam, Abdallah Senoussi arrêté dans le sud du pays

Capture d’écran du site du 17 février : Seif el-Islam après son arrestation, le 19 novembre.Capture d’écran du site du 17 février : Seif el-Islam après son arrestation, le 19 novembre.© AFP
 
Abdallah Senoussi, l'ancien chef des services de renseignement libyens du temps de Mouammar Kaddafi, dont il était également le beau-frère, a été arrêté dimanche dans le sud du pays. Comme Seif el-Islam Kaddafi, il devrait être jugé en Libye, a affirmé le CNT.
Les autorités libyennes ont affirmé dimanche qu'elles n'exécuteraient pas les mandats d'arrêt internationaux lancés par la CPI contre Seif-el Islam Kadafi et Abdallah Senoussi (photo ci-dessous, © AFP), suspectés de crimes contre l'humanité. Le premier a été arrêté dans la nuit de vendredi à samedi par des ex-rebelles de Zenten et Barguen, dans la région de Wadi al-Ajal (sud), et le second dimanche par des brigades d'anciens combattants, dans la maison de sa sœur à Al-Guira (sud).
« La décision est qu'il [Seif el-Islam] sera jugé devant les tribunaux libyens. C'est une question de souveraineté nationale », a déclaré à la presse Abdelhafidh Ghoga, le vice-président et porte-parole du CNT, précisant qu'il en irait de même pour Senoussi. « Nous voulons que le procès de Seif al-Islam ait lieu en Libye car la justice locale est la règle et la justice internationale l'exception », avait expliqué peu avant le ministre de la Justice, Mohammed el-Allagui.

Procès équitable
« Nous avons les garanties nécessaires pour un procès équitable, en particulier après l'amendement d'une loi garantissant l'indépendance de la justice par rapport à l'exécutif », a-t-il assuré, répondant aux pressions de plusieurs pays, dont la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne, dans le sens d'une coopération entre Tripoli et la CPI pour garantir un « procès équitable ».
« Si les autorités libyennes désirent mener le procès en Libye, il faut soumettre une demande à la CPI et les juges décideront éventuellement. Mais selon le principe de complémentarité et le Statut de Rome, la priorité est au droit national », avait expliqué dimanche soir un porte-parole de la CPI, Fadi El-Abdallah.
Seif el-Islam, 39 ans, est soupçonné par la CPI d'avoir joué un « rôle-clé dans la mise en œuvre d'un plan » visant à « réprimer par tous les moyens » la révolution libyenne, tandis que Senoussi, 62 ans, est poursuivi pour avoir été « la plus haute autorité des forces armées » sous le commandement duquel « des actes inhumains [auraient été infligés]à la population civile, la privant gravement de ses droits fondamentaux ».
Abou Salim et UTA
Senoussi est également aussi pointé du doigt dans le massacre de la prison d'Abou Salim à Tripoli, où plus de 1 000 prisonniers avaient été tués en 1996 dans une fusillade. Il avait également été condamné en France par contumace à la prison à vie en 1999 pour son implication dans l'attentat contre un DC-10 de la compagnie UTA en 1989, qui avait fait 170 morts.
Dimanche soir, Seif el-Islam était toujours aux mains des combattants pro-CNT de Zenten, à 170 km au sud-ouest de Tripoli.Répondant aux allégations de certains médias sur le fait que des combattants de Zenten refuseraient de remettre Seif el-Islam au CNT, Ghoga a affirmé que le prisonnier restait à Zenten pour des raisons de sécurité. « Si on veut transférer Seif à Tripoli, on le fera », a-t-il assuré.
Quoi qu'il en soit, l'annonce des arrestations de seif el-Islam et de Senoussi ont obligé le Premier ministre par intérim, Abdel Rahim al-Keib, à reporter de 48 heures l'annonce de son nouveau gouvernement, qui était prévue ce dimanche.
Bio express de Seif el-Islam
(Avec AFP)

mardi 8 novembre 2011

Témoignage / Alafé Wakili, DG de L’Intelligent d’Abidjan

Témoignage / Alafé Wakili, DG de L’Intelligent d’Abidjan : ‘’Toute la vérité entre Désiré Tagro et moi’’
Publié le mardi 8 novembre 2011 | L'intelligent d'Abidjan


© L'intelligent d'Abidjan par DR
Activités gouvernementales : le ministre des transports, Gaoussou Touré invité de la rédaction du quotidien l`intelligent d`Abidjan
Lundi 31 Octobre 2011. Abidjan. Siège du journal "l`intelligent d`Abidjan". L`invité de la rédaction est le ministre des Transports Gaoussou Touré. Plusieurs personnalités du monde des transports ont également fait le déplacement pour assister aux échanges. Photo: le DG, Assé Alafé



 
 




 
 

Décédé le 12 Avril 2001, Désiré Assignini Tagro a été inhumé le week-end dernier. Quelques amis et personnalités étaient discrètement à sa levée de corps, et ont participé à ses obsèques. Alafé Wakili, DG de l’IA, a accepté de répondre à nos questions, pour lever le voile sur certaines choses. Tout en précisant qu’il prépare un livre sur la question et bien d’autres choses.

Comment avez-vous connu le ministre Désiré Tagro ?
J’habitais un immeuble au Dokui qu’il fréquentait, et je le croisais quand il venait rendre visite à des personnes qu’il connaissait. Ensuite, je l’ai approché une fois quand il était au ministère de la Justice. Je n’avais pas eu de rapports directs avec lui, même quand il était porte-parole. C’est à partir de l’accord de Ouagadougou et de sa nomination au ministère de l’Intérieur, que j’ai eu l’occasion de le rencontrer plus souvent. Ce n’était pas une relation ancienne, mais plutôt une relation de travail et d’opportunité.

Racontez-nous votre première rencontre formelle avec lui….
Nous étions dans la période, après la signature de l’Accord de Ouaga, qui avait été signé pour 8 à 9 mois. Dès son premier message à la Nation, le Premier ministre Guillaume Soro a invité à faire fi du fétichisme des dates. J’ai alors estimé que nous étions partis pour une transition qui nous conduirait jusqu’à 2010. L’Intelligent d’Abidjan a creusé le dossier et mené des investigations, qui ont permis de savoir que Désiré Tagro et le Premier ministre étaient en désaccord sur la question. Puis il y a eu l’affaire de l’installation des préfets, des sous-préfets, et bien d’autres dossiers. L’Intelligent d’Abidjan prenait des positions pas favorables à la Primature. C’est alors qu’un patron de presse décédé (paix à son âme), a approché Désiré Tagro, pour lui demander s’il me connaissait, et si c’est lui qui me poussait à écrire. Le ministre de l’Intérieur a dit qu’il ne me connaissait pas, mais souhaitait me rencontrer. Il était au courant qu’on disait qu’il me manipulait pour écrire contre Guillaume Soro. Des gens passaient lui demander des moyens pour moi. Il appréciait certes les articles, mais Désiré Tagro souhaitait me rencontrer pour me donner des informations plus exactes, et éventuellement mieux me connaître, pour assumer et endosser les articles qu’on le soupçonnait de susciter. Il voulait vraiment être commanditaire, pour éviter qu’on ‘’gâte’’ son nom, alors qu’il ne l’était pas. C’est ainsi qu’un matin, nous sommes allés à son domicile. Il m’a encouragé pour le travail que l’IA faisait, alors que le journal n’était pas de leur bord. En tout cas, selon lui, l’Intelligent d’Abidjan n’était pas sur la liste des journaux estampillés pro-Gbagbo. Il voulait savoir mes motivations et mon pedigree. Il a promis des moyens, tout en disant qu’il n’a pas un budget de souveraineté, comme le Premier ministre Guillaume Soro ; que si je voulais de l’argent, il me conseillait de rejoindre Guillaume Soro. Désiré Tagro se plaignait de ce que l’entourage de Guillaume Soro lui reproche de vouloir être Premier ministre et répondait ceci : « Mais je ne peux pas être Premier ministre de Laurent Gbagbo. Même si je suis d’Issia et que lui est de Gagnoa, je suis quand même Bété ! Comment peut-on écrire que je veux être Premier ministre ; ce n’est pas possible. Le Premier ministre ne doit pas se saisir de cela, pour ruser avec Ouaga». Par la suite, nous nous sommes rencontrés souvent pour faire le point de la situation. Il m’a affecté deux gardes du corps, et a sécurisé la rédaction de l’Intelligent d’Abidjan, puisqu’à cette période, les rédactions faisaient l’objet d’attaques. L’Intelligent d’Abidjan paraissait anti-Ouaga, anti-Soro, ou pro-Tagro, il a donc estimé, qu’il ne fallait pas prendre de risque.

Combien d’argent vous a-t-il donné pour tout ça ?
L’argent n’est pas l’essentiel ; comme je l’ai dit, les écrits n’ont pas commencé pour de l’argent. Les écrits partaient du principe qu’avec l’accord de Ouaga, le Premier ministre Guillaume Soro bénéficiait d’un état de grâce, et que Laurent Gbagbo pouvait lui permettre tout pour cette raison. A ce titre, il devait aller vite à l’identification, au lieu de chercher à résoudre les questions de développement. Quand les Ivoiriens auraient leurs papiers et que l’élection se ferait, le candidat élu construirait alors des écoles, des hôpitaux et des routes. Selon L’Intelligent d’Abidjan, telle n’était pas la vocation de Guillaume Soro, encore moins l’esprit de l’accord de Ouagadougou. L’accord de Ouagadougou n’était pas un accord pour gouverner et développer le pays, mais pour sortir de la crise. Il ne fallait pas le faire durer. D’ailleurs, quand la période de grâce est passée, vous avez bien vu que Laurent Gbagbo a failli remettre en cause, un acquis important de Ouaga : l’enrôlement avec l’extrait de naissance. Alors que Ouaga avait réglé la question de l’enrôlement et de l’identification. Mais le fait de n’avoir pas commencé par cela immédiatement, a fait ressortir les craintes, et retardé tout le processus. Il y a eu la double dissolution, et les élections n’ont pas permis de sortir de la crise, malgré les quatre ans de Ouaga, qui n’ont pas permis de liquider vraiment tous les contentieux et les ressentiments. C’est ce que nous craignions et nous dénoncions ! Nous le faisions pour la Côte d’Ivoire. Pas pour Désiré Tagro, mais il s’est trouvé que le ministre de l’Intérieur partageait cette façon de voir.

Votre journal dénonçait les questions d’identification, parlait des fraudeurs, et voici que vous aussi, êtes épinglé pour faux et usage de faux, est-ce parce que vous gêniez ?
Mais qui est-ce que je gênais par mes révélations ? En tout cas, l’IA défendait la position de Marcoussis et de Ouaga sur l’identification. Donc, il devait y avoir une sorte d’amitié pour les cas éventuels de fraude. Mais patatras, voici que je suis épinglé. L’affaire est encore un peu pendante à la justice. Donc, je ne vais pas y aller dans le fond, même si j’ai tous mes papiers ivoiriens sans problème aujourd’hui.

Quel rôle Désiré Tagro a joué dans vos déboires ?
Jusqu’au bout, Désiré Tagro a essayé d’empêcher qu’on m’arrête. Et au FPI, les anti-Tagro riaient de ce Bété, qui protégeait les étrangers, dont des amis étaient des fils d’étrangers. D’ailleurs, le ministre de l’Intérieur se plaignait du procès qu’on lui faisait toujours au sein du parti, pour avoir signé l’accord de Ouagadougou, alors qu’à l’époque, les FN lui reprochaient également de saboter le même accord. Désiré Tagro était emmerdé de part et d’autre. Donc la pression était forte sur lui contre moi, et il a fini par céder. Durant un mois, j’avais été convoqué à la police judiciaire et même à la gendarmerie. L’enquête suivait son cours sur plainte d’individus anonymes. Suivez mon regard… Les charges n’étant pas suffisantes, je n’avais pas encore été arrêté. Désiré Tagro suivait l’enquête. Il voulait avoir le cœur net sur ce qu’on disait, et laissait donc faire. Pendant ce temps, il continuait à me recevoir souvent. Ne me reprochant rien, et étant en plein dans ma campagne pour l’UNJCI, je n’ai pas voulu embarrasser le ministre de l’Intérieur avec cette histoire que je considérais comme un petit problème. Je partais donc répondre aux convocations de la police, sans mes avocats, et je retournais. Cela s’est passé à plusieurs reprises. Je n’ai même pas dit un mot à Ben Soumahoro, qui pouvait pourtant s’en ouvrir à Laurent Gbagbo pour déplorer et dénoncer les tracasseries dont j’étais l’objet. Et je pense que cela aurait pris vite fin. En fait, moi-même, je voulais que tout soit tiré au clair, pour que je cesse de subir le chantage de certaines personnes. J’étais serein, et je n’ai donc demandé l’aide de personne. On a trouvé que j’étais gonflé, et qu’il fallait me montrer que je ne suis rien. Moi, je ne voulais pas négocier des choses, pour éviter d’être un président faible et redevable à qui que ce soit si j’étais élu à la tête de l’UNJCI. Comme si la police judiciaire et la gendarmerie semblaient avoir peur de prendre le gros morceau que je suis, mon dossier a été transféré aux Renseignements généraux. Il me semble qu’il s’agissait un peu de dessaisir Désiré Tagro, et de faire suivre l’affaire directement par Laurent Gbagbo, dont certains conseillers comme Kadet Bertin et Alcide Djédjé voyaient d’un mauvais œil, ma prétention à diriger l’Unjci. On me soupçonnait de vouloir mettre l’association à la solde d’Alassane Ouattara et du RDR. Ils avaient fait un rapport disant que ma campagne était financée par le RDR. Les RG étaient à mes trousses. Je devais être arrêté un jeudi, puis un vendredi. Mais des interventions multiples y compris celles de Désiré Tagro et plusieurs ministres ont empêché que je sois arrêté le week-end.

Et pourtant c’est dans le bureau de Désiré Tagro que vous avez été arrêté et vous avez parlé d’un guet-apens, l’IA l’a même critiqué, que s’est-il passé ?
Ce lundi-là, à la veille de l’élection de Barack Obama, Désiré Tagro reçoit des pressions, parce qu’il empêche qu’on m’arrête. Le chef de l’Etat lui-même monte au créneau et le met en demeure de me trouver, car Laurent Gbagbo aurait appris que j’ai fui le pays. Le lundi matin, on m’attend à la police ; je refuse d’y aller sachant qu’on voulait m’arrêter. Je me mets en lieu sûr et je demande à mes interlocuteurs de se fatiguer pour me chercher, et me trouver, s’ils veulent me prendre. Le cabinet de Tagro m’appelle en vain. Son entourage me cherche. La République est en branle. Désiré Tagro appelle alors Ben Soumahoro, pour lui dire de me convaincre de venir à son bureau et non à la sûreté. Il lui promet que c’est dans son bureau que mon P.V serait signé, et que je rentrerai ensuite chez moi. Pour rassurer Ben Soumahoro, il lui demande de m’accompagner s’il veut. Avec toutes ces assurances, Ben Soumahoro me demande de sortir de ma cachette. Je me rends au Plateau et je suis introduit aussitôt dans le bureau de Désiré Tagro. Il me dit : mais Alafé, tu veux me créer des problèmes. Ton affaire avec Tapé Koulou (paix à son âme), devient sérieuse. On me menace. Tout le week-end, le chef de l’Etat m’a appelé pour me parler de toi, et a menacé de m’entendre si tu fuis le pays, ou si on ne t’arrête pas. Je ne comprends rien ». Le ministre me demande de ne pas m’inquiéter et qu’il ferait tout pour me protéger, puis appelle le directeur des Renseignements généraux, le commissaire Goulehi, qui attendait à son secrétariat. Au directeur des Renseignements généraux, il dit : « vous lui faites signer son PV et vous m’appelez pour les instructions ». Je dis au ministre, j’espère que ce n’est pas pour m’arrêter. Et Désiré Tagro, me rassure et me dit de ne pas m’inquiéter. En allant à la sûreté, je n’ai pas accès à mon véhicule. Je suis conduit dans une Peugeot 205 banalisée de la police, assis à l’arrière entre le commissaire et un autre élément. On me demande de ne plus téléphoner. On me reprochait de faire trop d’interventions. Donc il fallait m’isoler et mettre fin aux interventions et pressions intempestives, venant de partout. Finalement, je suis arrêté. De la sûreté, je suis conduit à la DST où je passe ma première nuit. Tout le monde connaît la suite.

Cela fait pratiquement trois ans jour pour jour, aujourd’hui. Avez-vous revu après Désiré Tagro et Laurent Gbagbo ?
Je n’avais pas envie de voir Désiré Tagro. A quoi cela sert de fréquenter un ministre de l’Intérieur si cela ne peut pas vous mettre à l’abri de l’injustice et de l’arbitraire ? Si Désiré Tagro n’avait pas fait le choix de sauver son fauteuil, et était resté sur les principes, cette affaire serait-elle arrivée ? Je crois que lui non plus n’avait pas envie de me voir. Mais à deux ou trois reprises, il a rencontré Ben Soumahoro et a demandé après moi. Il a dit qu’il allait trouver un moment pour qu’on règle nos contentieux et pour que les malentendus soient dissipés. Après avoir tout fait pour me protéger, Désiré Tagro a fini par être contaminé par la colère du président Laurent Gbagbo. Il est alors devenu plus royaliste que le roi, et s’est mis à la manœuvre. Refusant d’être dessaisi du dossier, il l’a alors récupéré et géré avec zèle. C’est symptomatique des dérives de la volonté du prince. Quand dans la période, Ben Soumahoro, après avoir parlé avec Simone Gbagbo, est allé voir Désiré Tagro, pour lui reprocher d’avoir abusé de sa confiance en le poussant à me promettre que je ne serai pas arrêté, le ministre de l’Intérieur lui a répondu ceci : «grand frère, tu cherches à rencontrer le président. Si tu le vois, ne lui parle pas d’Alafé. Le président me charge de te dire que cette affaire est bonne pour nous. Quand ça va se calmer, on va trouver une solution, mais ce n’est pas le moment.» Effectivement, la veille, Ben Soumahoro était avec Simone Gbagbo, pendant au moins deux heures. La première dame lui a avoué son impuissance devant la situation; elle a conseillé qu’il parle au président lui-même, tout en ajoutant que ce n’était pas le moment. Pendant qu’il partait de la résidence, Laurent Gbagbo est apparu. Il a été chaleureux comme d’habitude, comme si de rien n’était. Ayant encore en tête, les paroles de Simone Gbagbo, Ben Soumahoro n’a pas voulu aller plus loin, préférant rencontrer le lendemain Désiré Tagro. Pendant ce temps, mon élément filmé n’était pas encore passé à la télévision, et une bataille féroce se passait autour du sort qu’il fallait me réserver. Le jour de mon procès, c’est le procureur Tchimou qui a fait des confidences à Ben Soumahoro. Des magistrats révoltés se battaient pour avoir le dossier, ils étaient prêts à déclarer un non lieu, à me libérer ; mais pour éviter toute surprise, l’affaire avait été ficelée à ce niveau par le parquet. Laurent Gbagbo, je l’ai rencontré en Mai 2009, quelques mois après ma sortie à l’occasion d’une audience accordée au Gepci conduit par le président Denis Kah Zion. Il m’a salué chaleureusement et m’a demandé les nouvelles de l’Université. Pour lui, la Maca, c’était une école de formation, une université. Il a demandé si j’avais pu visiter sa cellule. La page était tournée pour lui.

Mais vous avez quand même revu Désiré Tagro après….
Oui, je l’ai vu lors de la crise de l’école de police. Nous avions une position pro-Koulibaly qui dérangeait certains de ses proches. Qui m’ont contacté et proposé de le rencontrer. Nous étions en Juin 2010. J’ai rencontré un homme angoissé et stressé. Un homme révolté contre Mamadou Koulibaly. Un homme apeuré, qui me reprochait de l’attaquer au profit de Koulibaly, et de vouloir me venger pour ce qui m’est arrivé. Je lui ai dit que je ne fais que mon travail. Il m’a expliqué sa version de l’affaire de l’école de police. Il a dit qu’il en a marre des coups bas du FPI, que son objectif était la victoire de Laurent Gbagbo et qu’après, il demanderait à partir; que Mamadou Koulibaly était un homme léger, qui voulait les faire perdre, qu’il ne reprochait rien en tant que ministre de l’Intérieur ; que malgré les réserves du FPI sur Ouaga, le parti avait fait bloc autour de lui contre Koulibaly. Le ministre Désiré Tagro était dans la paranoïa. Il pensait que j’avais un enregistreur caché. Il a parlé du coup d’un journaliste qui l’avait piégé et avait enregistré ses propos à son insu. Des propos qu’il est allé faire écouter à Mamadou Koulibaly. Il a palpé mes poches, a pris mes portables et les a éteints, tout le temps qu’on a causé. Mais ce qui semblait le déranger, c’était au moment où il me rencontrait, l’absence d’un soutien ferme et radical de Laurent Gbagbo qui était à l’époque au Maroc. Ce soutien viendra au retour du chef de l’Etat, qui tout en ménageant Mamadou Koulibaly, refusera de brûler Désiré Tagro, en confiant l’enquête à Tchimou sur proposition de Désiré Tagro. Cet épisode a été déterminant dans sa loyauté et son appui à Laurent Gbagbo jusqu’au bout. Cette affaire lui avait fait perdre de sa superbe, et le secrétariat général de la présidence après l’élection contestée. C’était sa sortie du système Gbagbo. Mais la crise est intervenue, et elle l’a encore repositionné. Concernant nos rapports personnels, je lui ai rendu gratitude au cours de l’entretien, pour ce qu’il avait fait pour empêcher qu’on m’arrête. Mais j’ai déploré qu’il n’ait pas apporté assistance au pensionnaire de la Maca que j’ai été pendant 45 jours. Il a dit qu’il estimait que ce n’était pas nécessaire, que son devoir était de m’empêcher d’être à la Maca. N’ayant pas réussi cela, c’était, selon lui, hypocrite de m’envoyer des gens et des choses. Quand je partais, il m’a remis une enveloppe de 5 millions de FCFA. Pas pour le défendre dans le journal, mais pour rembourser mes frais d’avocat. En matière d’argent, il tenait souvent ses engagements. Il disait en avoir assez pour les siens. Mais affirmait ne pas être hyper riche. Il refusait de prendre des engagements qu’il ne pouvait pas tenir. Par la suite, il n’a pas souhaité me rencontrer à nouveau, car des gens autour de lui, ne souhaitaient pas ce retour en force. Je suis donc resté dans mon coin, sans contact avec lui, jusqu’à l’élection, et tout le temps que la crise a duré.

Que retenez-vous de l’homme ?
Laurent Gbagbo l’aimait bien. C’était un homme direct et entier. Un grand bosseur, qui a mal pris pendant longtemps les mauvais rapports qu’il avait avec le Premier ministre Guillaume Soro. Il était souvent inaccessible, et aimait jouer les mystérieux, les policiers. Il disait à Laurent Gbagbo des choses que les autres ne pouvaient pas lui dire. Laurent Gbagbo aimait bien cet homme de vérité et de loyauté. Mais Laurent Gbagbo était le seul et vrai chef du système. Ceux qui paraissaient forts, comme Blé Goudé, Simone Gbagbo, Alcide Djédjé ou même Désiré Tagro, ne l’étaient que par la volonté du chef et avec son accord. Laurent Gbagbo savait dire non, et était intuitif. Dans la crise entre Soro et Tagro, Laurent Gbagbo a senti qu’il fallait continuer malgré tout avec Soro Guillaume contre les mises en garde de Tagro. Il n’avait pas d’autre choix, selon lui. Désiré Tagro s’est alors rangé à la vision de Laurent Gbagbo, alors qu’il avait un plan B, qui consistait à aller plaider la paix avec la France, en éjectant Guillaume Soro. Désiré Tagro proposait à Laurent Gbagbo de faire par le biais de (encore lui), Compaoré la paix avec Sarkozy et la France, en sacrifiant Guillaume Soro et en proposant au RHDP de trouver un Premier ministre RHDP. Mais il n’a pas pu emballer Laurent Gbagbo avec cette idée, qui ne voulait pas apparaître comme un irresponsable, après avoir entraîné contre le gré de bien de gens, et même de son camp ; l’ancien chef de l’Etat ne voulait plus d’aventure. Par exemple, dans l’affaire de la double dissolution, Laurent Gbagbo a mis Désiré Tagro devant le fait accompli. Un jour pour montrer le zèle des autres autour de Laurent Gbagbo, Désiré Tagro m’a raconté l’anecdote suivante : « on était en réunion et Laurent Gbagbo parlait. Je l’ai alors arrêté. Sokoury Bohui a réagi aussitôt pour déplorer que je coupe le chef de l’Etat, et pose des préalables. Selon lui, quand le chef de l’Etat parle, on ne doit pas le couper. Mais le président m’a autorisé à parler. J’ai dit que c’est Laurent Gbagbo, qui nous a appris qu’il faut un ordre du jour, et un PV pour toute réunion. Là nous n’avons ni ordre du jour, ni un rapporteur. Le président a apprécié, et un ordre du jour a été donné, un rapporteur a été désigné». Voilà Tagro ! Un homme entier, vrai et direct ! En fait, il rappelait à Laurent Gbagbo, feu Boga Doudou. Savez-vous que plusieurs observateurs estiment que si Maître Boga Doudou n’avait pas été tué, les tergiversations du camp Gbagbo entre Marcoussis, ou non et tout le reste jusqu’à Ouaga, n’auraient pas eu lieu ; et qu’une solution plus rapide à la crise aurait été trouvée. Moi, j’ai réglé mon problème personnel avec Désiré Tagro. Je pense qu’il n’a pas eu une bonne et juste mort. S’il était en vie, il aurait pu donner mauvaise conscience à tant d’acteurs du processus actuel. Mais qui sait : peut-être, sa connaissance profonde du processus aurait pu aider à faire avancer la réconciliation. Je crois que s’il n’avait pas été dans le bunker, et que s’il avait pu douter un seul instant de la victoire de Laurent Gbagbo, il aurait pu éviter qu’on arrive à la débâcle du 11 Avril 2011. Désiré Tagro n’a pas voulu être Boga Doudou jusqu’au bout ! L’homme qui dit à Laurent Gbagbo, que tel choix n’est pas le meilleur. Mais Allah sait ce qu’Il fait ! Je prie pour qu’il repose en paix.

Interview réalisée par Ismaël Dembélé et Joël T

vendredi 28 octobre 2011

Assassinat du Général Guei : Rufin Guei, son fils cadet « Gbagbo a été méchant, il doit payer »

Le Président de la République effectuera prochainement une visite officielle à l’ouest. En prélude à cette visite, le fils cadet de feu le Général Robert Guei sort de sa réserve. Dans l’entretien, Ruffin Guei parle de l’assassinat de son père, ainsi que de leur dernière rencontre. Il se prononce également sur la responsabilité de l’ex- chef de l’Etat Laurent Gbagbo dans cette tragédie, des premiers pas du Président de la République, Son Excellence Alassane Ouattara.

Vous êtes un des enfants de feu le Général Robert Guei, mais vous êtes très peu connu. Qui êtes-vous au juste ?

Je m’appelle Rufin Guei, le fils cadet du général Robert Guei, d’une famille de huit enfants au total.

Quels sont vos rapports avec vos frères?

Je n’ai de problème avec aucun d’eux, puisqu’ils sont tous mes aînés. Nous avons de bons rapports familiaux mais comme toutes les grandes familles, il existe quelques petits problèmes de temps en temps pas plus.

Un de vos frères, Franck Guei, a collaboré avec le président Laurent Gbagbo. Cela a –t-il créé des problèmes au sein de votre famille ?

Par rapport à certaines réalités, moi, je ne pouvais en aucun cas soutenir ou collaborer avec le président Laurent Gbagbo. Cependant, je ne peux pas parler à la place des autres, parce qu’il s’agit d’une question de conviction. Je ne me permettrai donc pas de juger la position de mon frère dont vous parlez. Il est libre de ses convictions, en fonction de ses idéaux. Mais, son choix nous a un peu éloignés l’un de l’autre parce que l’argent est certes important, mais ma dignité et l’honneur de ma famille d’abord.


Que devient Franck Guei et de quoi parlez-vous lorsque vous vous rencontrez ? Où est-il au juste ?

J’ai quelques nouvelles de lui, et Dieu merci il va bien. Franchement, je ne saurai vous dire avec exactitude où il se trouve physiquement compte tenu de la situation actuelle qui lui est défavorable, du fait de ce que vous savez.

Quelles sont ces convictions qui vous ont empêché de soutenir en son temps le président Laurent Gbagbo ?

L’assassinat de mon père et de 18 autres personnes restera à jamais gravé dans ma mémoire. Pour cette raison, je ne pouvais en aucun cas, moi Rufin Guéi, soutenir le président, même pour des raisons alimentaires. Et même s’il m’avait proposé des centaines de milliards, j’aurais refusé pour ma dignité. Ce, pour la simple raison que j’ai besoin que mes enfants soient fiers de moi plus tard. Car, je n’aurai jamais supporté que mes enfants me reprochent d’avoir soutenu quelqu’un sur qui pèse un lourd soupçon du meurtre de leur grand-père, encore moins pour de l’argent. Des propositions, j’en ai eu de la part de certains proches du président déchu dans le but de les soutenir ouvertement comme l’a fait mon frère ainé Franck Guéi. J’ai agi de sorte à ne pas avoir de cas de conscience.

En tant que cadet de ses enfants, vous avez été particulièrement affligé par l’assassinat de votre père, dont vous étiez forcément proche. Aujourd’hui, avec du recul, pouvez-vous révéler les circonstances exactes de sa mort ?

Mon père est un homme de conviction qui aimait beaucoup son pays. Et son vœu le plus cher était de voir les ivoiriens unis, même dans l’adversité. C’est pourquoi, après les élections de 2000, à la faveur d’un mouvement de protestation, il a accepté de se retirer pour éviter que le sang des innocents coule. C’est cela la marque des grands hommes. Malheureusement, à la suite d’un coup d’Etat manqué dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002, mon père sera pointé du doigt ipso facto par le camp de l’ex- chef d’Etat Monsieur Laurent Gbagbo, absent miraculeusement ce jour là. Mon père, pour éviter la furie des hommes de Gbagbo et pour épargner la vie de son épouse, de son personnel, des gardes et des civils, il s’est rendu seul dans la demeure du seigneur c’est-à-dire à la cathédrale Saint Paul du plateau pour y trouver refuse. Malheureusement sur insistance de Monseigneur Agré alors en Italie aux côtés du président Gbagbo, les hommes de celui-ci accentueront la fouille de ce lieu saint pour dénicher mon père caché dans un carton .Conduit manu militari à la résidence du président Gbagbo pour être interrogé et torturé .Pendant que son épouse rose doudou Guei et 17 autres personnes (gardes ,personnel de maison et visiteurs) étaient aux mains du capitaine Seka Seka Anselme dirigé par le colonel Dogbo blé .Ceux-ci ont été froidement abattus. Mon père subissait au même moment un interrogatoire musclé sous la responsabilité de paul dokui, au nez et à la barbe de maitre Bahi patrice, de Lida kouassi Moise. C est bien après cette torture selon des témoignages des hommes présents ce jour que mon père va être lâchement assassiné d’une manière tellement atroce que je me retiens de rappeler ici. Je tiens à remercier du fond de mon cœur les personnes qui, de par leur courage, ont permis, malgré la situation chaotique, de recueillir la dépouille de mon défunt père dont le but de ses bourreaux étaient de la faire disparaitre.

Certains de vos frères s’étaient accaparés la tombe de votre père, en empêchant même l’actuel chef d’Etat d’y avoir accès. On se demande aussi si c’était réellement votre père qui se trouvait dans cette tombe, etc. Qu’en est-il exactement ?
J’ai effectivement un frère qui avait du mal à dissocier les sujets politiques des questions de famille. Il a voulu agir ainsi pour faire plaisir à son patron(Gbagbo), tout en oubliant la dimension de notre père qui fut chef de l’Etat. A ce titre, sa tombe appartient à toute la Nation, pas seulement à la famille Guei. Pour preuve, son caveau a été construit par l’argent de l’Etat et non de la famille. M-ais, très vite, mon frère Francis, ma sœur Mireille et moi avions pris nos responsabilités afin d’éviter une humiliation au président de la République et l’ensemble de la délégation du Rhdp que je remercie au passage pour leur engagement, malgré toutes les menaces et les craintes et plus particulièrement le ministre Mabri et le président de la République. Nous avons dignement honoré la mémoire de notre regretté père. C’est une réalité que mon frère refusait de comprendre à l’époque. Mais, avec le temps, les choses sont rentrées dans l’ordre, et chacun de nous a sûrement fait son examen de conscience. N’empêche que dans une famille, il y a toujours des malentendus de ce genre. Certains ont des convictions par rapport à leurs intérêts personnels, et d’autres par rapport à leurs idéaux.

Quand avez-vous rencontré votre père pour la dernière fois, et qu’est-ce qu’il vous a confié ?

Je l’ai rencontré pour la dernière fois lors des vacances de Février 2001, alors que j’étais étudiant à l’université de Bordeaux. Au moment où bon nombre de mes parents se cachaient à cause de la situation critique qui. J’ai pris sur moi l’initiative de venir voir mon père. Nous sommes restés ensemble durant une semaine, et j’ai gardé de très bons souvenirs de cette rencontre. C’était la dernière fois de le voir.

Pour le repos de son âme et pour que votre famille retrouve enfin la tranquillité, avez-vous des doléances particulières à l’endroit des nouvelles autorités ?
Il faut se rappeler que 19 autres personnes ont été assassinées en compagnie de mon père et son épouse. L’idéal pour nous serait que la vérité éclate. A partir de 2002, nous avons difficilement vécu cette situation où, pendant quatre ans, nous avons été interdits de voir le corps de notre regretté père. A un moment donné, nous étions presque tous en exil, et c’est au prix de longues tractations que nous sommes revenus. Pour le repos de l’âme de notre père, ainsi que des 18 autres personnes assassinées ce jour-là, il faut absolument que la vérité soit sue, et que justice soit ensuite faite. Nous n’aurions pas eu cette exigence s’il était décédé de façon naturelle. Mais, pour quelqu’un de sa dimension, être ainsi assassiné, humilié, bafouillé et dépouillé de sa dignité, franchement, ce fut méchant et ignoble.

Vous n’allez pas insinuer que le Général ne vous a pas fait de confidences?

Nous avons beaucoup échangé, de tout et de rien, de façon très détendue. Côté confidences, j’en ai eu par rapport aux circonstances de l’époque sur les différentes trahisons qui lui ont fait le plus mal. Ainsi que sur les circonstances exactes dans lesquelles il est arrivé au pouvoir. Je tiens à vous rappeler que mon père aurait pu, en dépit de tout, par rapport à l’irrégularité du scrutin, se maintenir au pouvoir par rapport au fait qu’il disposait d’une bonne partie de l’armée régulière qui lui était fidèle. Mais il ne souhaitait en aucun cas rester au pouvoir avec des cas de conscience.

Les présumés assassins de votre père l’avaient accusé de vouloir faire un coup d’Etat. Dans la mesure où il avait effectivement pris le pouvoir en 1999 à la suite d’un coup de force, n’est-ce pas la même cause qui a produit les mêmes effets ? En d’autres termes, votre père n’est-il pas mort pour avoir tenté un coup de force ?

En tant que journaliste, vous êtes mieux placé pour savoir que le coup d’Etat de 1999 n’était pas prémédité. Le général Robert Guei s’est retrouvé dans une situation où il n’avait pas le choix. Il a été chef d’état-major de feu Houphouët-Boigny(le meilleur chef d’état-major après le général Thomas Daquin). Major de promotion à Saint - Syr, il a reformé l’armée ivoirienne (création de la Firpac l’élite de force d’intervention militaire) etc. Il avait donc peu de chances d’échouer à un coup d’Etat, s’il l’avait tenté. En aucun cas mon père n’aurait échoué, s’il avait voulu prendre le pouvoir en 2002, et les gens le savent. L’ancien chef d’Etat a même envoyé à Kabacouma une délégation conduite par le ministre Séri Gnoléba et feu le ministre Bra Kanon. Ils étaient justement allés expliquer à nos parents que le général n’était mêlé ni de près, ni de loin à cette histoire de coup d’Etat de 2002 et que les enquêtes suivaient leur cours.
La grave crise que notre chère patrie a connue depuis 2002 est aussi due au fait que le scrutin présidentiel de 2000 était entachée d’irrégularités et de manœuvres non conventionnelles qui ont porté le président Gbagbo au pouvoir.

Vous affirmez que le coup d’Etat de 1999 n’était pas prémédité. Qu’en savez-vous ?

Permettez que je ne m’étale pas sur cette histoire qui relève du passé. Je répète seulement que le coup d’Etat de 1999 n’était pas prémédité et que mon père a agi dans l’intérêt supérieur de son pays, à la suite d’une mutinerie des Fanci, tout en préservant les vies humaines, ce qui avait été interprété comme un cadeau de Noël, à tel point que vous l’aviez surnommé « Papa Noël ».


Votre père a créé un parti, l’Udpci. Avez-vous une place au sein de cette formation, et laquelle ?

Je suis particulièrement content de cette question. J’entretiens d’excellentes relations avec le président Mabri, ainsi que les cadres de l’Udpci ou les militants. Officiellement, je n’ai pas de poste au sein de ce parti parce que mes activités professionnelles me prennent énormément de temps. Mais, je fais partie de l’Udpci et je suis prêt à oeuvrer pour le rayonnement de ce parti. Je me suis entièrement mis à la disposition du président de l’Udpci, Albert Mabri pour qui j’ai beaucoup d’estime et de respect (un vrai héritier du général Robert Guei).

Seriez-vous prêt à occuper un poste politique au sein de ce parti, à la faveur surtout des Législatives ?

Je n’ai aucune ambition personnelle dans ce sens, pour le moment. Tout dépend du destin, et si l’avenir me réserve d’aviser quoi que ce soit dans ce sens, je le ferai par conviction, pas pour autre chose, mais mes ambitions professionnelles me préoccupent énormément. Chaque fois que je suis au siège ou à une quelconque réunion du parti, j’agis en tant que simple militant. Pour le moment, je n’ai aucune ambition politique, et je ne suis intéressé par aucun poste électif.

Vous êtes de ceux qui ont beaucoup souffert ces dix dernières années. Avez-vous un message particulier dans la mouvance de la réconciliation nationale ?
Je pense que perdre dans sa famille 19 personnes exécutées sauvagement dans une seule journée a été très difficile mais, grâce la foi en Dieu et convaincu qu’un jour Dieu appliquera la justice, avant celle des hommes, je demande aux Ivoiriens de ne pas se rendre justice et de faire confiance à Dieu, et à l’appareil judiciaire. Quel que soit ce qu’ils ont vécu, et surtout retenir que le temps est le deuxième nom de Dieu. Par conséquent, la réconciliation ne peut se faire sans justice.

Avez-vous pardonné à ceux qui vous ont fait tant de peine ?

Pour que nous pardonnions ces actes ignobles il est important que les Ivoiriens en particulier et le monde entier en général, connaissent la vérité, comme l’a dit le ministre Mabri à Kabacouma, pendant les obsèques, en présence du chef de l’Etat de l’époque, Gbagbo. Il faut que la vérité soit connue et la justice soit rendue pour que le pardon soit total. Je pense que le Président Mabri a ainsi clairement dit la pensée de tous ceux qui sont fidèles aux idéaux de mon défunt père et toute la grande famille biologique. Nous vivons dans une société où tout est régi par des règles. C’est donc tout à fait normal que nous réclamions justice par rapport à certains crimes.

Le parti créé par votre père fait partie du Rhdp qui a emmené Alassane Ouattara au pouvoir. Comment jugez-vous les premiers pas du nouveau président ?

En tant que jeune ivoirien et chef d’entreprise, je pense sincèrement que les premiers pas du président de la République et de son gouvernement sont très encourageants parce que nous constatons dans presque tous les secteurs d’activité , une réelle volonté politique du pouvoir d’améliorer les conditions de vie et d’assainir le monde des affaires, en seulement quelques mois d’exercice. Aujourd’hui, nous, jeunes ivoiriens pour la plupart sommes fiers de constater les exécutions et les démarrages de grands projets. Avec lui, la Côte d’Ivoire est sûre de devenir un pays émergeant grâce à ses excellentes qualités de gestionnaire. Je suis très heureux de ce qui arrive à la Cote d’Ivoire.

Qu’est-ce que la famille biologique du général Robert Guéi attend de la visite du président de la République dans l’Ouest ?

Je pense que la famille biologique tout comme le peuple dan doit certainement attendre impatiemment le respect des engagements du président de la République de faire une enquête et punir les auteurs de l’assassinat de son regretté frère.

Pensez-vous que l’Udpci est redevable de la famille du général Robert Guéi ?

Il faut dissocier l’Udpci de la famille biologique. Certes, mon père, feu le général Robert Guei l’a fondé mais pas seul et sans oublier que c’est une organisation politique dont les cadres et militants ont tous subi des injustices suite à la perte tragique de leur leader. Tout enfant du général Robert Guéi peut sans aucun doute adhérer tout en respectant les idéaux et les règles du parti mais il faut que ce soit clair pour tous. Que le fait d’être un fils du fondateur ne fait pas de toi un héritier ou un ayant - droit dans ce cas de figure.

mercredi 26 octobre 2011

LIBYE: La lettre de Saïf en français (après l'assassinat de son père)

Selon Seven Days News, dans une lettre qui est la première depuis (le massacre de sang et de destruction) commis par l’otan et les rebelles (Syrte égorgée) et (Bani Walid blessée), et après des rapports contradictoires sur son sort, Saif al-Islam Kadhafi, dans une lettre à Seven Days News, a décidé de communiquer publiquement pour effectuer son devoir envers sa famille, et aux fidèles du peuple libyen.

Saif al-Islam a dit: Je rassure ma famille, ma mère et mes frères, je vais bien, et je suis toujours le même tel que vous m’aviez connu. Je ne peut pas trahir la volonté de mon père vivant, comment trahir sa volonté et son sang, alors qu’il est mort.

Il a ajouté : Les fidèles du peuple libyen, je leur dis, si nous voulons reculer, nous pouvions le faire, avant qu’on paye tout ce prix, mais maintenant nous avons passé depuis longtemps la ligne sans retour. Nous l’avons dépassé par le sang qui a coulé et la tentative de mépriser des grands hommes qui ne savent s’agenouiller qu’à Dieu seulement.

Il a ajouté: Je suis en ce moment historique et j’essaye d’éclaircir les choses, parce que certaines personnes croient que tout est terminé, alors que tout commence aujourd’hui. J’étais toujours un croyant de la défense de la Libye, et la vengeance des traîtres et des criminels qui ont démontré leur vrais visages au monde entier, et même si je n’étais pas un croyant de la défense de la Libye, ce qui est arrivé me pousse à retourner leur journée en nuit et leur vie en enfer, et semer la mort autour d’eux, où qu’ils soient.

Saif al-Islam a dit: « Je n’accepterai pas de condoléances pour mon père, ni mes frères, jusqu’à l’accomplissement de mon travail et mon devoir, même après cinquante ans s’il le faut ».

Saif al-Islam a dit : «Je demande à tous les croyants de ma cause, qui partagent mon amour de la Libye honnête, ils sont nombreux, qui partagent avec moi la douleur de perdre un être cher, ils sont nombreux, qui partagent avec moi la douleur, la vengeance et le devoir de résistance, je les invite à ne pas récupérer la couronne perdue, mais à récupérer la Libye perdue, à récupérer l’honneur perdu. »

Saif al-Kadhafi a dit: les rebelles ont mis le feu et il faudra qu’ils supportent l’incendie, ils ont versé le sang, il y aura alors un fleuve de sang, nous les pardonnerons jamais, même si l’otan ne se retire pas de la Libye, il ne pourra jamais les protéger dans leurs maisons, leurs voitures et à leurs fêtes et dans leurs lieux de travail.

Saif al-Kadhafi a conclut en disant: Mouammar Kadhafi puisse dieu avoir pitié de lui nous a interdit de les brûler, alors que nous pouvions faire cela, et il nous a interdit de bruler les puits de pétrole et j’ai même suggéré avant la chute de Tripoli de faire sauter l’aéroport mais il a refusé, mais aujourd’hui, qui les protège de nous? Je vais les bruler jusqu’à ce que le sourire revient aux lèvres de ma mère El Hadja Safia et que ma soeur Aîcha se réjouisse et fera des youyous et jusqu’à ce que la joie revient à chaque coeur plein de douleur en Libye.

Les rebelles ne sont pas courageux et ils ne seront jamais et les martyr Moatassem Kadhafi a montré ce qu’ils valent et les brigades de Moatassem vont leurs montrer plus.

Je suis le fils de mon père. Le frère de Moatassem et je suis le fils de la Libye. Je suis l’un des milliers de personnes qui ont hérité de la blessure et de la vengeance, et nous n’allons pas respecter le sang des martyrs de la Libye, si nous ne poursuivons pas leurs assassins partout, jusqu’à ce que la terre se rétrécisse autour d’eux

mardi 25 octobre 2011

L’armée ivoirienne en crise : De la mutinerie de 1990 au coup d’Etat de 1999

Publié le jeudi 15 septembre 2011 | Débats Courrier d’Afrique
Les problèmes non résolus du service militaire, de la pauvreté des soldats, de l’indiscipline, du non respect politique du tableau d’avancement, des tensions ethniques réactivées par la concurrence multi-partisane, de la contestation par les jeunes militaires de l’ordre politique, sont les raisons qui ont déstructuré l’armée ivoirienne. Le coup d’Etat de décembre 1999 est à la racine de la tragédie qui a vu la société ivoirienne basculer dans la violence parce qu’il a eu pour conséquence de diviser profondément l’armée en factions rivales en l’éloignant, de façon marquée, de la population. La crise militaro-civile aura signifié la montée en puissance d’une violence multiforme servie par une génération de jeunes frappés par le chômage et la précarité.

Une armée marginalisée par le compromis houphouëtiste

Depuis 1990, les soldats sont « en révolte » parce que l’armée elle-même est « en désordre » malgré les tentatives de construire une « nouvelle armée » ivoirienne. Comprendre la crise de l’armée ivoirienne implique un retour en arrière sur la manière dont le problème de la violence fut réglé sous Félix Houphouët-Boigny. La société ivoirienne est restée stable, malgré les contradictions qui la traversaient en profondeur, parce qu’elle reposait sur l’ouverture vers l’extérieur, sur le système du « grilleur d’arachides » et sur la gestion inclusive de la diversité sociale. Il faut ajouter à ces trois paramètres un quatrième qui rend compte de la logique spécifique de la mise en forme de la violence en Côte d’Ivoire. Au fond, la répression des « complots imaginaires » de 1962 et de 1963 a provoqué, comme par défaut, le monopole de la violence instrumentale par la marginalisation des structures de coercition et par la mise au pas d’une jeunesse tumultueuse et contestatrice.

L’armée ne fut, à aucun moment, un acteur essentiel de l’action politique conduite par le président Félix Houphouët-Boigny. Il s’en servit lors des crises politiques du Sanwi et du Guébié en évitant, cependant, d’en faire un des piliers de son régime. Certains observateurs en conclurent qu’il se méfiait de l’armée au point de prendre le parti d’une paupérisation de l’outil militaire après avoir confié la défense de son pays à l’ancienne puissance coloniale. En fait, il mit en place une armée de format réduit, convenablement équipée, dont les soldats jouissaient de certains privilèges qui lui a valu l’appellation d’« armée suisse d’Afrique » en raison du pacifisme affiché de son chef suprême et des conditions matérielles de vie qui étaient les siennes.

Si les soldats du rang devaient donner leur « sueur pour le développement » du pays, les cadres militaires furent, quant à eux, associés à la gestion de la chose publique. Les officiers avaient vocation à participer à l’administration de la nation et à assumer des postes civils de responsabilité. Les FANCI garderont pendant longtemps l’image d’une armée apolitique, pluriethnique, légaliste, soucieuse de participer, par le haut et par le bas, au développement de la nation. Une telle situation n’en a pas fait pour autant une force autonome, détentrice d’une légitimité lui permettant de participer à la structure du pouvoir. Trois raisons expliquent cette marginalisation. La première est que l’armée n’était pas née d’une relation conflictuelle avec la puissance coloniale, encore moins d’une lutte de libération nationale. La deuxième est le contexte peu favorable de la guerre froide à la constitution d’armées fortes. Ce désavantage fut transformé par une intelligence politique qui fit jouer ensemble l’armée, les accords de bons voisinage et les exigences mondiales de sécurité pour assurer la défense de la Côte d’Ivoire. Enfin, la troisième raison est liée au fait que le président Houphouët-Boigny avait une conscience aiguë de ce qu’une armée divisée, devenant un acteur du jeu politique, constituait un danger pour la nation : « Je ne veux pas vous livrer aux militaires… Vous tremblez ! Je les connais. »

Les raisons de la mutinerie de 1990

Les jeunes soldats des classes 87/1A, 87/2A, 88/1A et 88/2A, libérables en décembre 1990 et juin 1991, se sont mutinés pour contester la décision prise de créer et de reconnaître une nouvelle milice dénommée les « Loubards ». Ils venaient de faire leur rentrée en politique.

Telle est la première raison d’un soulèvement militaire inédit. Une deuxième raison était au départ de la crise militaire de 1990 : la dignité trop souvent bafouée du soldat. En 1990, au moment où souffle le vent de la démocratie, les soldats refusent désormais d’être des « boys militaires ». La troisième raison était l’habitude de certains officiers supérieurs de détourner à leur profit des avantages revenant aux soldats. Ce sont toutes ces « frustrations » qui vont alimenter en permanence les soubresauts de l’armée jusqu’au coup d’Etat de 1999.

Il y a une autre raison plus objective qui explique l’impasse dans laquelle s’est retrouvée l’armée ivoirienne après la mutinerie de 1990. Un de ses mécanismes de régulation interne a été en effet brisé. Alors que le militaire vivait en caserne, ne pouvant se marier ni disposer d’un logement baillé avant les cinq ans qui suivent son engagement, la nouvelle politique militaire avait décidé d’attribuer des logements aux soldats. Le résultat invisible, au départ, a été la sortie progressive des militaires hors des casernes. Ils n’y sont plus retournés depuis pour vivre en « ville » comme les civils en adoptant leurs comportements en matière de vie sociale. Ils s’endettèrent auprès des « margouillats » en recherchant, par tous les moyens, mais en vain, les ressources de leur vie nouvelle. L’argent était devenu le syndrome d’une nouvelle maladie militaire dont le racket sera le symptôme.

Toutes ces raisons ont conduit à la crise militaire de 1990, dans un contexte de contestation généralisée qui rend encore plus explosif le soulèvement militaire. Pour la première fois, des soldats du rang disent non au traitement qui leur est réservé. Ils se sont soulevés pour revendiquer leur incorporation dans l’armée avec un salaire garanti et des privilèges d’agents permanents de l’Etat. Ils demandaient de quitter l’armée à l’âge de 55 ans comme les policiers, les gendarmes et les autres fonctionnaires.

Ce nouveau soldat ivoirien entend respecter l’ordre et la discipline sans être « frustré ». Il s’agit d’une révolution remarquable des modes d’obéissance dans l’armée. Selon une expression des soldats eux-mêmes, une nouvelle génération venait de « voir clair ». Elle n’hésitait pas à contester quand elle avait l’impression d’être en face d’une injustice. Le sergent-chef Ibrahima Coulibaly, dit IB, résume l’état d’esprit de ce nouveau soldat : « le soldat doit prendre le parti de la justice et de l’égalité ». Ils sont plus sensibles à la dégradation de leur condition de vie, au respect de leurs droits, aux inégalités sociales et politiques. Les futures générations de soldats leur emboiteront plus radicalement le pas.

C’est cette « nouvelle armée », « instruite » mais « contestatrice », que le colonel Robert Guéi « propulsé » à la tête de l’état-major devait discipliner dans une société aux repères fragilisés par la crise pour qu’elle ne se retourne pas contre la construction de la nation.

Cette tâche titanesque n’a pas abouti aux résultats escomptés. Les problèmes qui minent l’armée ivoirienne sont déjà présents dès cette époque bien qu’il faille faire une place à part à la crise de la conscription. De cette époque datent, en effet, les problèmes de recrutement dans l’armée ivoirienne, puisque la loi n° 61-210 du 12 juin 1961 portant recrutement des forces armées devenait caduque de fait. Ce n’est pas seulement cet aspect législatif qu’il faut retenir. Il y a aussi les pratiques qui naissent de la crise économique des années 80 qui a contraint l’Etat à une « professionnalisation » improvisée de l’armée. Les règles pour aller dans l’armée sont alors devenues floues. Plus tard, les jeunes y entreront par « la bande » ou prendront les armes. Des milliers de jeunes sont ainsi devenus des soldats, des rebelles en armes, des miliciens, des membres de groupes d’autodéfense, des manifestants armés, des vigiles armés. Ils sont devenus les acteurs principaux de la manipulation de la violence.

Le coup d’Etat de 1999 : naissance et cristallisation des factions militaires

Le coup d’Etat a été un véritable accélérateur de la déstructuration de l’armée, divisée par des choix partisans, ayant rompu avec la discipline et le respect de la hiérarchie après les mutineries des années 1990. Les dix mois d’une transition militaire chaotique qu’il a ouverte furent rythmés par des dissensions militaires et politiques que le vote d’une nouvelle Constitution n’a pu apaiser. Finalement, il accoucha d’élections violentes dont la contestation a débouché sur une rébellion.

A partir du coup d’Etat de 1999, on assiste à la multiplication des « milices » et autres gardes prétoriennes : Brigades rouges, Camora, Cosa Nostra, PC Crise. La Camora était chargée d’imposer l’ordre par la force. Ses membres contribuèrent à déstructurer le principe de la hiérarchie militaire par leurs manières de brutaliser les officiers. Les Kamajors basés à la maison de la télévision et à la radio avaient pour mission de sécuriser les lieux stratégiques de la ville. Ils devaient aussi tenir la poudrière d’Akouédo d’où était parti le coup d’Etat. Les Brigades Rouges avaient été créées au lendemain du coup d’Etat pour neutraliser les sources de contestation. Le groupe le plus connu du grand public était le PC-Crise qui était une sorte de tribunal militaire informel et un organe répressif. Ces factions vont jouer un rôle considérable tout le long de la transition puisqu’ils seront les bras armés dans l’affrontement des acteurs politico- militaires désormais convaincus que la transition ne pouvait se dénouer que dans la violence.

Une partie de l’armée au pouvoir éclata ainsi en clans opposés à côté du gros de la troupe qui resta silencieuse et d’une gendarmerie qui jouera un rôle important dans la répression des troubles de 2000. La tentative de coup d’Etat du 18 septembre 2000 dit du « cheval blanc » constitue le point de non retour de l’affrontement entre clans militaires. Les hommes du sergent chef IB sont arrêtés et accusés de vouloir accéder au pouvoir par les armes. Mais ces clans militaires qui s’affrontent dans les « bruits et la fureur » ne sont pas les seuls.

Pendant que les « nouvelles stars militaires » se battent violement, de nouveaux groupes de militaires, qui n’appartenaient pas au noyau des hommes du général Guéï, apparaissent et s’organisent selon des affinités politiques et ethniques qui remontaient bien avant le coup d’Etat.

Il suffit de regarder la liste des nominations opérées au mois de décembre 1999 en prenant en considération l’évolution militaire pour se rendre compte qu’en trois ans, les divisions de l’armée se sont renforcées pour donner naissance à des polarisations extrêmes. Certains des officiers du tableau d’avancement resteront dans le camp des loyalistes. C’est le cas de Glély Marcel, de Dogbo Blé Bruno, de Dagrou Loula, qui sera tué dès le début de la rébellion de 2002 dans le nord du pays, du lieutenant colonel Kassaraté commandant supérieur de la gendarmerie, du colonel Guai Bi Poin Georges qui dirigera l’Ecole de gendarmerie et le CECOS. Le colonel Bakayoko Soumaïla, qui dirigeait alors le Génie militaire à Bouaké, le colonel Gueu Michel, le colonel Bamba Sinima, se retrouveront dans le camp des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN). Si l’armée s’est divisée sur une période aussi courte, il en va différemment de la gendarmerie dont la cohésion s’est maintenue.

Un diagnostic des difficultés que traverse l’armée ivoirienne doit aller en profondeur pour saisir l’essence de cette crise et non en rester à ses raisons apparentes. La sortie de la crise est conditionnée par la mémoire que les Ivoiriens doivent garder des problèmes militaires laissés sans solution et qui constituent encore aujourd’hui des obstacles. Le fait est que la reconstruction de la Côte d’Ivoire doit commencer par les militaires, les policiers, les gendarmes parce qu’ils sont des modèles ou qu’ils doivent l’être pour obliger la société à suivre grâce à la peur du gendarme et du glaive du juge. Reconstruire l’armée ivoirienne signifie en recomposer le format, les missions, l’opérationnalité. Mais une telle tâche de reconstruction sécuritaire ne peut pas être simplement technique. Elle est fondamentalement politique- quoi de plus politique que le mixage des forces ex-belligérantes- mais surtout éthique parce qu’en dessous des apparences techniques, il y a l’énorme décompression morale qui fait tituber la société tout entière. La nouvelle armée serait alors en rupture avec toutes les « mauvaises habitudes » qui ont conduit à la crise militaire.

Azoumana Ouattara

vendredi 21 octobre 2011

Photo famille de Kadhafi: Ses fils et sa fille aicha


Comme vous savez très bien, la famille de Mouammar Kadhafi est assez large puisqu’il s’est marié deux fois. Avec la première femme, il a Mohamed Kadhafi alors que la deuxième femme a pu lui donner 6 fils et une fille aicha. Je vous laisse le soin de découvrir toute la petite famille de Mouammar Kadhafi dans cette photo.

 



Mouammar Kadhafi
Safia Farkash, seconde épouse
Saif Al Islam Kadhafi, le golden boy réformiste
Moatassim Billah Kadhafi, le sécurocrate en chef
Khamis Kadhafi, commandant de la 32e Brigade
Saadi Kadhafi, footballeur et militaire
Hannibal Kadhafi, le "serial noceur"
Mohamed Kadhafi, l'ingérieur
Aicha Kadhafi, la pasionaria de la Jamahiriya
Ahmed Kaddafedam
Hassan Kadhafi, le général
Ahmed Ibrahim, l'idéologue politique
Khouildi Hamidi, chargé de la défense de Zawiya
Abdallah Senoussi, l'espion en chef

 

lundi 17 octobre 2011

Le dernier rapport de Human Rights Watch accable Gbagbo, Ouattara, Soro, Mangou, Amadé Ouérémi, Brou Améssan…

Par Anassé Anassé Source: L’Inter


Pour sûr, ce nouveau rapport de Human Rights Watch (HRW) va provoquer un coup de tonnerre dans le microcosme politique ivoirien. Dans un document de 158 pages daté du 4 octobre et publié hier jeudi 6 octobre sur son site Internet, l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme présente de manière détaillée les crimes de guerre et les probables crimes contre l’humanité commis tant par les forces de Gbagbo que celles de Ouattara durant la crise post-électorale. Ce rapport intitulé « Ils les ont tués comme si de rien n’était’: Le besoin de justice pour les crimes post-électoraux en Côte d’Ivoire » est le fruit de recherches et investigations menées par HRW de janvier à juillet 2011 à Abidjan et à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Il décrit les effroyables violations des droits humains commises du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011, date de la chute du président Laurent Gbagbo, et de cette date à juin 2011, période marquant les premiers mois de gestion du pouvoir du nouveau chef de l’Etat, Alassane Ouattara. Ce rapport identifie nommément sur six pages (120 à 125), 13 dirigeants militaires et politiques qui auraient été impliqués dans de graves exactions, auraient encouragé des viols et massacres de populations civiles ou n’auraient rien fait pour les empêcher. Ceux qui ont fait la promotion de chefs militaires cités dans des graves violations des droits de l’Homme sont aussi indexés. Pour chaque personne incriminée, le rapport décrit les allégations de faits mis à sa charge. Nous vous proposons ci-dessous, une synthèse de la liste des mis en cause par Human Rights Watch.


Camp Gbagbo

Laurent Gbagbo: L’ex-Président était le commandant en chef des forces armées,
lesquelles ont commis des crimes de guerre et, probablement, des crimes contre
l’humanité. Bien qu’il soit clairement établi que ses forces armées et ses milices ont commis des crimes graves, Laurent Gbagbo n’a ni dénoncé ni pris de mesures pour prévenir de tels crimes ou ouvrir des enquêtes.
Charles Blé Goudé : Il a longtemps été secrétaire général des Jeunes patriotes, une milice impliquée dans des centaines de meurtres rien qu’à Abidjan. Ses miliciens ont souvent travaillé étroitement avec les forces d’élite de sécurité en prenant pour cible les partisans d’Alassane Ouattara. Selon Human Rights Watch, Charles Blé Goudé est vraisemblablement impliqué dans des crimes contre l’humanité.
Général Philippe Mangou : En tant que chef d’état-major des forces armées sous le régime de Laurent Gbagbo, Philippe Mangou était à la tête de troupes qui auraient commis des crimes de guerre et, probablement, des crimes contre l’humanité. Pourtant, Philippe Mangou n’a pris aucune mesure concrète pour les empêcher, ni ouvert d’enquête contre ceux qui ciblaient systématiquement les partisans d’Alassane Ouattara.
Général Guiai Bi Poin : Guiai Bi Poin a été le chef du CECOS (Centre de commandement des opérations de sécurité), responsable de disparitions forcées, de violences sexuelles, de tirs à l’arme lourde à l’aveuglette tuant des civils, et de la répression brutale des manifestations. Dans l’ensemble, compte tenu à la fois de leur ampleur et de leur caractère systématique, les crimes commis sous son commandement constituent, probablement, des crimes contre l’humanité. Les quartiers d’Abobo et de Koumassi où se trouvaient des bases des forces du CECOS, ont particulièrement souffert.
Général Bruno Dogbo Blé : Bruno Dogbo Blé a été le commandant de la Garde républicaine, impliquée dans des cas de disparitions forcées, la répression brutale des manifestations et la persécution d’immigrés ouest-africains. Pris globalement, les crimes commis sous son commandement constituent, probablement, des crimes contre l’humanité. Le quartier de Treichville à Abidjan, où se trouve le camp de la Garde républicaine, a particulièrement souffert.
« Bob Marley » : Ce chef mercenaire libérien qui a combattu pour Laurent Gbagbo dans l’ouest du pays est impliqué dans deux massacres et d’autres meurtres ayant fait au moins 120 morts, dont des hommes, des femmes et des enfants. Il a été arrêté au Libéria en mai 2011 et détenu à Monrovia.
Pierre Brou Amessan, directeur de la RTI : En tant que directeur de la chaîne de télévision RTI contrôlée par Laurent Gbagbo, il a régulièrement supervisé des émissions qui incitaient à la violence contre les partisans d’Alassane Ouattara et les étrangers, appelant les vrais Ivoiriens à les « dénoncer » et à « nettoyer » le pays. Des violences de grande ampleur contre des partisans de Laurent Gbagbo s’en sont souvent suivies. La chaîne a également encouragé l’attaque de personnels et de véhicules des Nations Unies, attaques qui se sont répétées durant toute la crise.
Denis Maho Glofiéhi : Il a longtemps été le chef des milices pro-Gbagbo présentes dans l’ouest du pays. En juillet 2010, il a indiqué à Human Rights Watch avoir commandé 25 000 combattants sous la bannière du Front de libération du Grand Ouest (FLGO). Les milices qui auraient été sous le commandement de Maho ont participé à des massacres dans l’ouest du pays et à Abidjan, où il a été aperçu lors des derniers mois de la crise, souvent en compagnie de Charles Blé Goudé.

Camp Ouattara

Capitaine Eddie Médi (ou Eddy Médy) : Eddie Médi était le commandant des Forces républicaines chargé de mener l’offensive de mars de Toulepleu à Guiglo. Les forces sous son commandement ont perpétré d’autres massacres après avoir pris le contrôle de la région, Eddie Médi menant depuis sa base à Bloléquin des opérations de « nettoyage ».
Commandant Fofana Losséni : Le 10 mars, Guillaume Soro l’a affublé du titre de chef de la « pacification de l’extrême ouest », l’identifiant comme le supérieur du capitaine Eddie Médi et le commandant en chef de l’offensive des Forces républicaines dans l’ouest du pays. Également connu sous le diminutif de « Loss », il a été le commandant de secteur des Forces nouvelles à Man. Des soldats sous son commandement ont pris le contrôle de Duékoué le 29 mars au matin et joué un rôle important dans le massacre de centaines de personnes dans le quartier Carrefour.
Commandant Chérif Ousmane : Durant l’assaut final sur Abidjan, il était le chef des opérations des Forces républicaines à Yopougon, où de nombreux partisans présumés de Laurent Gbagbo ont été sommairement exécutés. D’après un soldat de sa « compagnie Guépard », Chérif Ousmane aurait lui-même ordonné l’exécution de 29 prisonniers début mai. Longtemps commandant des Forces nouvelles à Bouaké, le 3 août 2011, le Président Ouattara a promu Chérif Ousmane au rang de commandant en second du Groupe de sécurité de la présidence de la République.
Commandant Ousmane Coulibaly : Longtemps commandant de secteur des Forces nouvelles à Odienné, Ousmane Coulibaly a dirigé des soldats des Forces républicaines impliqués dans des actes de torture et des exécutions sommaires dans le secteur Koweit de Yopougon. À l’époque, Ousmane Coulibaly avait comme nom de guerre « Ben Laden ». Il est toujours officier de commandement des Forces républicaines.



Forces non officiellement alignées

Amadé Ouérémi (couramment appelé « Amadé ») : Chef d’un groupe burkinabé puissamment armé dans la région du Mont Péko dans l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, Amadé Ouérémi et ses hommes ont été identifiés par de nombreux témoins comme figurant parmi les principaux auteurs du massacre survenu à Duékoué le 29 mars dans le quartier Carrefour. Des témoins et des habitants de ce quartier ont indiqué à Human Rights Watch et à Fraternité Matin, le quotidien contrôlé par l’État, qu’Amadé Ouérémi avait combattu aux côtés desForces républicaines à Duékoué.



Dans un communiqué publié hier sur son site Internet, Human Rights Watch invite le gouvernement du Président Alassane Ouattara à traduire en actes son engagement affirmé en faveur d’une justice impartiale en prenant des mesures à l’encontre des membres de ses propres forces armées impliqués dans les crimes commis pendant et après la période post-électorale. « Le gouvernement Ouattara a pris des mesures louables pour poursuivre en justice certains dirigeants du précédent régime, dont Gbagbo lui-même, qui selon des éléments de preuve crédibles auraient commis des crimes graves », souligne Daniel Bekele, Directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Cependant, la justice doit être au service des victimes des deux bords qui ont vu leurs proches être tués ou dont les maisons ont été incendiées, et ne peut être un outil au seul service des vainqueurs », fait remarquer M. Békélé.

Anassé Anassé.



(SOURCE : HUMAN RIGHTS WATCH)